L'AMI

Les abattoirs de viande rouge de Nouakchott entre la précarité et l’absence de contrôles sanitaires

Nouakchott

La viande rouge est considérée comme le premier élément du menu mauritanien à Nouakchott, chacun selon ses revenus et ses moyens. La ville de Nouakchott consomme environ 982 têtes de bétail par mois, dont 121 chameaux, 208 vaches et 653 moutons et chèvres. Le marché de la viande de la capitale accueille environ 7 000 travailleurs, répartis entre bouchers, vendeurs en gros et au détail, courtiers, transporteurs et distributeurs.

Selon les observateurs, la méthode d’abattage à l’intérieur et à l’extérieur des abattoirs est très chaotique, tout comme la méthode de transport, de commercialisation et de vente de la viande, car toutes ne tiennent pas compte des procédures de sécurité et des normes sanitaires, en plus de l’absence de surveillance et de réglementation, ce qui menace la santé des consommateurs.

Dans une interview accordée à l’Agence mauritanienne d’Information (AMI), le directeur général de la Société des abattoirs de Nouakchott, M. Mohamed Salek Ould Hmeida, a expliqué que la société assure le suivi de la viande rouge, en commençant par la préparation du troupeau, qu’il s’agisse de vaches, de chameaux ou de moutons, et en l’amenant dans l’enclos prévu à cet effet, puis en procédant à l’examen initial, qui consiste à mesurer la température, suivi du rôle du vétérinaire dans le deuxième examen après le processus d’abattage. Il a déclaré que l’entreprise dispose de machines modernes pour le processus d’abattage qui prennent en compte les réglementations de la charia et répondent aux normes de sécurité sanitaire.

La zone d’abattage, qui se compose de plates-formes d’abattage, est nettoyée et plusieurs équipes dépendant de la Société nettoient et stérilisent la zone chaque jour avant et après l’abattage.

Il a ajouté que la responsabilité de l’entreprise s’arrête au moment où la viande est livrée aux vendeurs, et que les autorités administratives et municipales concernées en sont directement responsables, soulignant que le processus d’inspection a connu un développement tangible, que ce soit au niveau du cadre humain concerné par la propreté et la gestion des abattoirs ou la sensibilisation accrue des bouchers à la nécessité d’avoir un tampon vétérinaire qui leur éviterait des sanctions telles que la confiscation, par exemple. Il a appelé à interdire l’abattage en dehors des abattoirs, car cela représente une menace pour la santé et une opportunité de commercialiser des carcasses et de la viande malade, en plus de déformer l’image urbaine de la ville.

A cet égard, il a souligné la multiplicité des abattoirs non officiels et la difficulté de contrôler les travailleurs de cette profession, précisant que l’accompagnement par la Société des efforts déployés reste tributaire de la prise de conscience par le citoyen de l’ensemble des conditions qui entourent cette profession.

De son côté, le délégué régional du ministère de l’Élevage dans la wilaya de Nouakchott- Sud, M. Ahmed Mahmoud Ould Taghi, a expliqué le rôle joué par la délégation dans le contrôle et le suivi de la vente de la viande au niveau de “l’aire d’abattage d’El Mina” relevant de la wilaya, affirmant que le processus de suivi sanitaire requiert l’organisation et le contrôle de la profession de boucher.

Il a ajouté que la Délégation prépare un registre spécial pour les abattoirs afin d’y consigner la présence ou l’absence de l’équipe d’inspection, ce qui permettra à la Délégation de disposer d’informations précises pour le suivi et le diagnostic, contribuant ainsi à renforcer le système de santé animale.

Le délégué régional a indiqué que les bouchers ne sont pas conscients des sanctions qu’ils peuvent encourir en cas d’infraction et notamment d’abattage en dehors des endroits spécifiés par la règlementation. Il les a appelé à faire tous les efforts possibles pour éviter de tels comportements.

M. Mohamed Ould El Khadim, inspecteur au niveau des abattoirs à Nouakchott, a estimé que le contrôle et l’inspection sont un élément important du suivi, de la traçabilité et de la découverte des maladies animales ainsi que des maladies communes aux humains et aux animaux.

Il a précisé que la plupart des maladies qu’il a eu à rencontrer lors du processus d’abattage sont : les ténias, la fièvre de la vallée du Rift, l’hépatite virale et la tuberculose pulmonaire, qui sont des maladies communes à toutes les espèces animales mais plus fréquentes chez les vaches par rapport aux chameaux et aux moutons, appelant à la nécessité d’assurer la sécurité de l’animal avant et après l’abattage.

L’inspecteur a mis en garde les citoyens contre la consommation de viande qui n’a pas été contrôlée, comme l’utilisation du foie et des côtes avant de les griller, et du bœuf jauni (jaune) ou maigre, par peur de transmettre la maladie, ainsi que d’éviter d’acheter de la viande hachée à moins qu’elle ne soit préparée devant l’acheteur, appelant les citoyens à éviter également de nombreux mauvais comportements, comme manger de la viande qui a changé de couleur ou de goût.

De son côté, le maire de Toujounine, M. Ahmed Salem El Filali, a passé en revue les problèmes les plus importants entourant le mode de transport de la viande des abattoirs et sa distribution aux marchés de la capitale, soulignant que le processus de surveillance de cette matière nécessite une sensibilisation des bouchers de la moughataa et une prise de conscience de tout ce qui pourrait mettre en danger la vie des citoyens.

Il a expliqué que la capitale dispose de trois abattoirs officiels supervisés par des équipes de différentes communes ayant bénéficié d’une formation moderne afin de suivre le processus de supervision, en commençant par l’abattage et en terminant par l’exposition et sa méthode, afin que cette viande, une fois entre les mains du consommateur, soit saine et ne constitue pas une menace pour sa sécurité ou sa santé.

Quant au secrétaire général de la Fédération mauritanienne des bouchers et commerçants de bétail, M. Brahim Ould Maham, il a mis en avant le rôle joué par la Fédération dans le contrôle et l’organisation du travail de ses membres issus des différents syndicats opérant dans le domaine, et dans le respect des normes sanitaires et d’adaptation aux exigences de l’époque.

Il a ajouté que l’association, en coopération avec les autorités concernées, impose des sanctions à ceux qui abattent en dehors des abattoirs, à ceux qui violent les prix homologués et à ceux qui commercialisent illégalement de la viande.

Le secrétaire général a déclaré que le nombre des membres affiliés à l’association est estimé à 7.000, y compris les bouchers, les chauffeurs et les distributeurs, notant que l’association fait face à des problèmes, dont le plus important est la difficulté de changer la mentalité des bouchers, indiquant que l’association prépare une stratégie qui place parmi ses priorités la nécessité de doter la profession de boucher de structures de formation pour les y encadrer, ce qui ne manquera pas de contribuer à accroître le dynamisme de l’économie du pays.

Lors d’une enquête d’opinion auprès des citoyens et des parties prenantes sur le mode d’abattage, de commercialisation et d’exposition de la viande, le consommateur Sidi Ould El Bekaye a exprimé son mécontentement quant à l’exposition de la viande locale et l’absence des éléments les plus élémentaires de la propreté, appelant à l’utilisation des désinfectants pour les mains pour préserver la santé des citoyens et à la fourniture de réfrigérateurs pour la bonne conservation de cette viande afin de la protéger de la détérioration. Quant à M. Mouloud Ould Koudar (boucher), il a affirmé que son local de vente de la viande est conforme aux normes sanitaires et aux lois, malgré le prix élevé du loyer.

Mme Khadija Mint Mohamed Ali (femme au foyer) a exprimé son espoir de voir changer le comportement et la mentalité des bouchers mauritaniens afin qu’ils puissent rivaliser avec les étrangers dans ce noble métier.

Pour sa part, Mohamed Ould Dah (boucher), s’est plaint du processus d’abattage à l’intérieur de l’abattoir, avec son caractère aléatoire et chaotique, appelant à la nécessité de mettre en place des équipes de surveillance qui prennent en compte le travail des bouchers et le régulent selon les lois en vigueur dans le pays.

M. Laghdaf Ould Sid Elemine (boucher) a exprimé sa disponibilitéP à faire tout ce qui sert le pays et ses citoyens, mais d’un autre côté, il estime que la hausse des prix est liée à d’autres questions, notamment le chargement, la hausse des prix de l’essence et les taxes sur les vendeurs, en plus des dépenses consacrées à l’animal pendant la période de confinement dans le grand marché.

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