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Circulation routière à Nouakchott : Le calvaire des embouteillages

500 à 600 minibus, 3000 à 3500 taxis ainsi 40 000 véhicules individuels se disputent, chaque jour, les pauvres artères des 9 moughataas de Nouakchott. Tous, empruntant pratiquement deux grands axes, rendent la circulation dans la capitale, difficile, voire impossible surtout aux heures de pointe. Et dire que cette ville ne compte que 80 Km de voies goudronnées.

Cette situation est, en outre, rendue insupportable par la forte présence au niveau des carrefours de voitures légères, de poids lourds, mais aussi, de charrettes et de pousse- pousse, créant d’inextricables bouchons. La Communauté urbaine de Nouakchott (CUN), une des institutions responsables du transport urbain à Nouakchott, est consciente de ce calvaire que vivent, au quotidien, les populations de la capitale.

Interrogé par un confrère du journal, son directeur technique, M. Abdoul M’Bodj, reconnaît cette situation et l’impute, en partie, à une forte une centralisation des affaires.

La capitale, dit-il, a la particularité de regrouper tous les centres d’intérêt dans un périmètre très réduit. Le directeur technique a indiqué que la CUN est à la recherche d’une solution appropriée à ce problème en collaboration avec "notre tutelle et nos partenaires, en créant, par exemple, un centre giratoire qui permettra aux véhicules de rentrer d’un coté et de sortir de l’autre".

Hier, au petit matin, aux environs de 8 heures, au carrefour situé entre l’ambassade de France et l’église, on avait l’impression que toutes les voitures de la République s’étaient donné rendez-vous tant, la circulation était bloquée en raison d’un gigantesque embouteillage.

Les belles voitures de dernier cri transportant élèves, étudiants, fonctionnaires et autres diplomates se rendant au travail, se mêlent aux vieux tacots communément appelés "tout droit" acheminant les ouvriers et les domestiques vers les quartiers huppés de Tevragh Zeina, le tout, dans un désordre indescriptible "agrémenté" par la présence de quelques charrettes chargées de fer, de briques et de ciment destinés aux chantiers de construction.

L’agent de sécurité, debout au milieu du carrefour, aidé par un conducteur qui s’est porté volontaire, se débat comme un beau diable, pour faire régner l’ordre. Mais, rien n’y fait.

Les voitures qui n’arrêtaient pas de klaxonner, provoquant un immense brouhaha à crever les tympans, avançaient lentement à pas de tortue. "Il faut avoir les nerfs en acier pour supporter ce calvaire, dit un chauffeur" qui prétend avoir quitté chez lui depuis plus d’une heure de temps. "A quoi sert la mairie", se demande un taximan visiblement très énervé. Les protestations et les insultes fusent de tous les cotés.

Cerise sur le gâteau, au même moment, les "Almoudos" (élèves de mahadras), très matinaux comme d’habitude, se faufilent entre les voitures en quête d’une hypothétique aumône.

Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, "cette horreur" fut une aubaine pour les petits laveurs de pare-brises et les "banas banas" qui ne se font pas prier pour proposer à ces compagnons d’infortune leurs services ou leurs marchandises accentuant davantage l’anarchie.

Ce n’est que vers 9 heures et demi que l’étau a commencé à se desserrer autour de ce carrefour. Mais, pour combien de temps ? Car, la crise de la circulation routière à Nouakchott est devenue un phénomène structurel. La preuve est qu’au carrefour situé au niveau de l’Etat major de la Garde nationale, le décor est quasi identique.

Le même jour, à midi, heure de décente des écoliers, on a assisté, impuissants, à un vacarme assourdissant de klaxon à rythme intermittent, face à l’insolence d’un poids lourd chargé de sacs de charbon qui avait bloqué complètement la circulation, obligeant les conducteurs à faire des déviations. D’autres chauffeurs, très pressés, se chamaillent en échangeant insultes et injures.

Chacun voulant s’offrir la priorité, tout cela, dans un nuage de poussière et de fumée dégagées par les vieux moteurs des muni bus et des taxis de toute marque.

Au carrefour Madrid où passent environ quotidiennement plus de 40 000 véhicules toutes catégories confondues, le spectacle n’est guère meilleur. Un fonctionnaire, venant de la moughataa d’Arafat, nous a confié qu’il lui arrive parfois, d’abandonner sa voiture pour faire le reste de son trajet à pied, de peur d’arriver en retard à son lieu de travail. "Les embouteillages nous font perdre banalement deux heures de temps voire, plus" dit-il.

En plus, selon un agent de police, qui a préféré garder l’anonymat, ce carrefour dessert toutes les moughataas de la wilaya de Nouakchott et 80% des régions de l’intérieur du pays. "Ce qui rend notre tache difficile", a t-il indiqué, avouant être incapable avec le peu de moyens dont il dispose de mettre fin à ce qu’il appelle "cette anarchie".

Il a ajouté, "nous gérons 36 carrefours sur les 250 que compte la capitale dont 12 seulement sont dotés de feux de signalisation. Un vrai parcours du combattant. La situation est malheureusement pareille partout à Nouakchott.

Que ça soit au rond point de la BMD aux carrefours de la Polyclinique, circuler en voiture, surtout aux heures de pointe, est un véritable parcours du combattant pour ne pas dire un cauchemar.

En outre, la plupart des axes routiers sont truffés de nids de poule soumettant les amortisseurs des voitures à rude épreuve. Certaines routes sont si ensablées qu’il arrive que les petites cylindrées s’y enlisent purement et simplement.

Abdoul M’Bodj, directeur technique de la Communauté urbaine de Nouakchott, reconnaît les difficultés de circuler dans la capitale surtout aux heures de pointe.

Tout cela, dit-il, est dû en partie, à une centralisation des affaires. En effet, la capitale a la particularité de regrouper tous les centres d’intérêt dans un périmètre très réduit.

Les administrations, les banques, les grandes sociétés, les grands établissements scolaires, l’université, le marché de la capitale, se concentrent dans le même rayon.

Le matin, tous les habitants convergent vers ce périmètre d’où le phénomène de la saturation de la circulation. Malheureusement, selon M M’Bodj, il n’y a que deux axes qui mènent à ces lieux. Il faudrait décongestionner tout cela. La CUN y travaille.

Déjà, a ajouté le directeur technique, la Communauté urbaine a commencé à décentraliser certains marchés. M M’Bodj a, en outre, noté le manque de routes goudronnées à Nouakchott qui n’en compterait que 80 km, ce qu’il juge insuffisant.

C’est ainsi, a-t-il révélé, que "dans le cadre du programme d’appui de la Coopération française, parle biais de l’Agence Française de Développement, mais aussi de la Banque mondiale, nous travaillons ensemble pour le désenclavement de certaines moughataas. L’étude est très avancée". M M’Bodj a évoqué également l’inexistence d’aires de stationnement et de parkings. Ce qui, dit-il, engendre des désordres et rend la circulation beaucoup plus difficile.

Pour le directeur technique, le nombre élevé de véhicules à Nouakchott qui n’était pas prévisible (500 à 600 minibus, 3000 à 3500 taxis ainsi 40 000 véhicules individuels roulant dans les 9 moughataas de Nouakchott) aggrave aussi la situation.

S’agissant du problème des feux de signalisation routière, le directeur technique a souligné que la CUN avant l’entrée en fonction du Président Ahmed Hamza, avait trouvé un contrat à durée indéterminée qui liait la commune à un établissement opérant dans le domaine de l’électricité. Cet établissement assurait la gestion et la maintenance de ces feux de signalisation.

Le contrat stipulait que l’établissement en question doit aménager quatre carrefours en feux lumineux. En contrepartie, l’entrepreneur percevait une redevance que lui versent les automobilistes.

La nouvelle équipe de la CUN est entrain d’étudier comment réaménager ce contrat pour revenir à des modalités beaucoup plus pratiques, réduire la durée du contrat et évaluer ce que cet établissement a pu réaliser. Il s’agit de voir si éventuellement, cette société a respecté les clauses prévues dans le cahier de charges.

Apparemment, si l’on en croit M M’Bodj, ce n’est pas le cas. "Le réglage des feux n’est pas respecté. La société avait un programme d’augmentation de feux lumineux qu’elle n’a pas honoré. Ce qui provoque des accidents. Ce dossier, qui nous tient à coeur, est en arbitrage auprès de la primature".

Parlant de la divagation des animaux et de la circulation des poids lourds et des charrettes en pleine ville, le directeur technique a indiqué que la CUN s’attelle à trouver une solution appropriée en collaboration avec " notre tutelle et nos partenaires pour créer par exemple, un centre giratoire permettant aux véhicules de rentrer d’un coté et de sortir de l’autre".

Il reconnaît que les poids lourds gênent beaucoup la circulation surtout dans les zones de commerce. En principe, les camions doivent décharger leurs marchandises, la nuit, afin que les voitures légères puissent circuler librement le jour.

Pour ce qui des charretiers, le directeur technique trouve la situation beaucoup plus complexe. "C’est eux qui, le plus souvent, bloquent la circulation. Nous en sommes conscients et prendrons les mesures idoines pour y remédier".

Il a rappelé que la commune de Tevragh Zeina avait pris un arrêté interdisant l’entrée des charrettes dans toute la zone de cette moughataa.

La nouvelle équipe n’a pas reconduit cet arrêté. On pourrait, toutefois, demander au nouveau conseil municipal de renouveler cette décision. M. M’Bodj a précisé également que la CUN avait élaboré en 2005 une étude intitulée "plan de déplacement de la ville de Nouakchott".

Son but principal était de définir les principes généraux de l’organisation des transports de la circulation et du stationnement dans l’agglomération de Nouakchott. Il s’agit de faire un usage plus rationnel de la voiture et d’assurer une bonne insertion des piétons, des bicycles (tractions mécaniques et animales) et des transports en commun.

En ce qui concerne la police municipale, normalement, a-t-il fait remarquer, chaque commune devait avoir la sienne pour l’aider à régler les problèmes de circulation et d’assainissement …etc car, les forces de l’ordre ne peuvent pas être partout.

Selon le directeur technique, l’ordonnance créant la CUN a prévu une police municipale mais, celle-ci n’a jamais vu le jour bien que les délibérations aient été prises au niveau communal.

Apparemment, dit-il, "au niveau de la tutelle, on semble hésiter à la mettre en place ou bien, on doute de son opportunité ". Nous ne pouvons rien faire sans l’accompagnement des populations. M. M’Bodj ajoute que la création de cette police favoriserait mieux la fluidité de la circulation et aiderait à gérer les encombrements en un mot, tout ce qui va dans le sens de l’amélioration de la vie des populations.

Toutefois, prévient le directeur technique, la présence policière à elle seule, ne peut pas résoudre, de manière définitive, tous les problèmes. Il faut créer davantage de routes suivant les règles de l’art et mettre les voitures aux normes.

D’autant plus qu’on ne peut pas placer un agent de police au niveau de chaque carrefour de Nouakchott qui en compte 250. Il y a plutôt lieu de repenser l’urbanisation de la capitale. M. M’Bodj a jugé excellents les rapports de la CUN avec ses les ministères de tutelle.

"Nous attendons beaucoup de l’Etat. Certes, il y a quelque part des blocages mais, l’appui de l’Etat nous est capital car, quelle que soit notre volonté de travailler, si celle de l’Etat ne nous accompagne pas, il nous sera difficile voire impossible de remplir, comme il se doit, notre mission". M. M’Bodj a demandé aux populations, discipline, respect et patience. Car, le monde n’est pas fait en un seul jour.

Elles doivent savoir que Nouakchott vit cette situation depuis plus de 20 ans. La nouvelle équipe de la CUN a la volonté de tourner cette page sombre. La population doit l’aider à exécuter son programme. "Nous ne pouvons rien faire sans l’aide et l’accompagnement des populations".

En tout état de cause, il est urgent de trouver une solution au laxisme caractérisant la circulation routière à Nouakchott qui lui donne une mauvaise image.

Les mesures courageuses en cours pour assainir la ville, pour en faire une capitale digne de ce nom, permettent d’espérer que la nouvelle équipe de la CUN ne ménagera aucun effort pour trouver une solution adéquate à l’épineux problème de la circulation routière dans cette grande agglomération peuplée d’environ million d’habitants.

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