Les "Tchiballow" (pêcheurs) de la capitale régionale du Gorgol ont renoué hier, lundi avec une vieille tradition consistant à organiser une cérémonie de course des pirogues sur le fleuve Sénégal.
Ces pirogues transportant, chacune, une trentaine de pêcheurs tous en tenue blanche ont fait plusieurs tours devant une tribune pavoisée aux couleurs nationales et dans laquelle les autorités administratives ont pris place.
Après les premiers tours de parade, les pêcheurs ont fait la course contre la montre, manifestation qui a clôturé l’évènement de la journée.
Cette manifestation, souvent organisée à l’occasion des fêtes religieuses, de l’intronisation d’un "Farba" (chef), ou de la commémoration de l’indépendance nationale, donne l’opportunité à ces pêcheurs de montrer leur savoir faire et leur maîtrise des secrets du fleuve.
Des démonstrations de jets de filets, de hameçons et de techniques de capture de poissons ont été faites par les pêcheurs sous les ovations de l’assistance enthousiaste en majorité des jeunes.
M. Cheikh Tijane Gueye, un jeune pêcheur, a déclaré à l’AMI que cette cérémonie donne l’occasion aux pêcheurs d’exposer leurs instruments et de montrer comment les utiliser à bon escient. "La pêche, dit-il, représente pour nous, beaucoup de choses" et de poursuivre "nous nous voyons à travers elle".
M. Gueye a indiqué que les pêcheurs de Kaédi et des localités environnantes vont s’organiser au sein d’une association qui demandera à être affiliée à la fédération nationale de la pêche artisanale.
Et de souligner que les pêcheurs de Kaédi ont le secret du fleuve parce qu’ils sont les plus doués, les plus rapides et les plus connus dans la zone. "Chaque fois que nous rentrons dans l’eau pour faire la course, cela fait la fierté de
tout le monde" a -t-il conclu.
Debout près de lui, son ami, un autre jeune pêcheur Mamadou Tijane Djow note que la culture de la pêche permet au "Tchiballow" de se différencier des autres et de montrer au public de son génie créateur et de lui faire découvrir la symbiose qui existe entre lui, son métier et son environnement naturel.
Plus loin, le vieux Samba Amadou Saydou, 71 ans, pêcheur aussi de son état,
très concentré sur le déroulement de la compétition, se rappelle de sa première course pour le commandant Alfonso. "C’était du temps de la colonisation, dit-il, lorsque j’avais entre 8 à 10 ans" au moment où il était le capitaine de la pirogue qui transportait 20 pêcheurs. "La course des pirogues est, ajoute -t-il, ce que je veux voir dans ma vie".
M. Saydou, qui n’arrive pas à quitter la compétition du regard, trahissant quelques interjections face à de bonnes actions, laisse toutefois paraître quelque gêne en raison de la présence du reporter de l’AMI sur place.
Et de relever qu’il peut passer toute une journée en train de suivre cette course qui évoque beaucoup de souvenirs pour lui avant de se déclarer satisfait d’avoir transmis son savoir à des jeunes aptes à prendre la relève.
La cérémonie marquant l’évènement a été présidée par le wali mouçaid chargé des affaires administratives du Gorgol, M. Mohamed Salem Ould Mohamed, wali par intérim.