Le Président de la République devant le Forum sur la Paix et la Sécurité en Afrique : la stabilité du continent dépend de sa capacité à construire des mécanismes d’action collective et de coordination efficace
Dakar
Son Excellence le Président de la République, M. Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, a exprimé sa grande satisfaction de participer au 10ème Forum international sur la Paix et la Sécurité en Afrique, à Dakar, soulignant que ce forum est devenu, au fil de ses sessions, un espace privilégié de réflexion, de dialogue et d’échange de points de vue, et a contribué à renforcer la conviction que l’Afrique doit, par le dialogue, la recherche et l’innovation, élaborer ses propres solutions pour relever ses défis.
Son Excellence le Président de la République a ajouté, dans un discours prononcé devant les participants au 10ème Forum international sur la Paix et la Sécurité en Afrique, qui s’est tenu ce lundi dans la capitale sénégalaise, Dakar, que le thème de la session “L’Afrique face aux défis de la stabilité, de l’intégration et de la souveraineté : quelles solutions durables ?”, pose une question fondamentale : comment relever ces défis et atteindre notre objectif commun de construire une Afrique stable, intégrée et souveraine ?, soulignant que la stabilité du continent reste tributaire de sa capacité à construire des mécanismes d’action collective et de coordination efficace, ce qui nécessite de renforcer le rôle de l’Union africaine et de développer ses outils juridiques et sécuritaires, tels que le système d’alerte précoce et la Force africaine en attente.
Voici l’intégralité du discours prononcé par Son Excellence le Président de la République :
” Monsieur le Président Bassirou Diomaye Diakhar Faye, Président de la République du Sénégal;
Monsieur le Président Julius Maada Bio, Président de la République de Sierra Léone;
Monsieur le Premier ministre,
Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale
Mesdames et Messieurs les chefs des institutions nationales au Sénégal
Mesdames et Messieurs les ministres
Mesdames et Messieurs, honorables invités
Je voudrais tout d’abord adresser mes sincères remerciements à mon frère Bassirou Diomaye Diakhar Faye, Président de la République sœur du Sénégal, pour son aimable invitation ainsi que pour l’accueil chaleureux, l’hospitalité généreuse et les multiples marques d’attention dont nous avons été l’objet et qui traduisent à la fois la solidité des liens fraternels entre nos deux peuples et la chaleur légendaire de la Téranga sénégalaise.
Je tiens également à exprimer tout le plaisir qui est le mien, de prendre part au Forum international de Dakar. Au fil des éditions, ce rendez-vous s’est imposé comme un cadre privilégié de réflexion stratégique contribuant à ancrer dans les esprits une conviction essentielle, celle de la nécessite pour l’Afrique de concevoir par le dialogue, la recherche et l’innovation des réponses adaptées à ses propres défis.
C’est dans cette dynamique que s’inscrit le thème de cette 10e édition : « l’Afrique face aux défis de stabilité, d’intégration et de souveraineté, quelles solutions durables ? ». Ce thème, à travers le mode spécifique de formulation choisi, nous dit incidemment que la question centrale, aujourd’hui, n’est pas celle de faire un état des lieux des défis liés à la stabilité, à l’intégration et à la souveraineté déjà largement documentés tant dans leurs déterminants que dans leurs effets.
La question qui nous est ainsi posée est claire : quelles sont les solutions envisageables pour relever ces défis et pour réaliser notre objectif stratégique commun ; construire une Afrique stable, intégrée et souveraine.
Mesdames et Messieurs,
La stabilité nous renvoie à la capacité des états de préserver leur cohésion, leur équilibre et leur fonctionnement régulier, malgré les perturbations conjoncturelles, sociales, politiques, économiques ou sécuritaires, internes ou externes. Or, force est de constater que cette capacité demeure, dans de nombreux cas, fragiles. Fractures sociales, tensions identitaires, déficit de gouvernance, ruptures institutionnelles, vulnérabilités économiques, effets de changements climatiques et expansion de groupes armés non étatiques, constituent autant de facteurs qui mettent à rude épreuve la cohésion de notre société et parfois même, la pérennité de nos Etats.
Face à cette instabilité endémique, qui hypothèque toute possibilité de développement, une réponse exclusivement sécuritaire ne saurait suffire. C’est pourquoi, une approche plus globale s’impose. A cet égard, plusieurs axes d’actions apparaissent essentiels : améliorer la gouvernance politique, économique et sociale ; apaiser la vie politique par le dialogue et le consensus ; renforcer l’Etat de droit ; consolider des systèmes démocratiques capables d’assurer une alternance pacifique ; garantir un accès équitable aux conditions de vie dignes ; garantir, dans l’équité, l’accès de tous à des conditions de vie décentes, conditions indispensables pour prévenir les inégalités, les fragilités et les risques d’instabilité et investir résolument dans la jeunesse, à travers l’éducation, la formation et l’emploi.
Cependant, au-delà des stratégies et des actions en œuvre au niveau des Etats, une évidence s’impose. La stabilité du continent reste tributaire de notre capacité à mettre en place des mécanismes d’actions collectives et des dispositifs efficaces de coordination, de mutualisation de moyens et de mise en synergie des efforts. Dans cette optique, il est impératif de consolider les mécanismes de coordination continentale, notamment à travers l’Union Africaine, en modernisant ses instruments juridiques, en renforçant son architecture de paix et de sécurité, et en optimisant des dispositifs tels que le système continental d’alerte rapide ou la force africaine en attente.
Toutefois, si la stabilité constitue un socle indispensable, elle ne saurait être durable sans un second pilier fondamental : l’intégration africaine. En effet, dans un monde marqué par l’intensification des interdépendances, aucun état ne peut, isolément, relever les défis de la mondialisation, de la fragmentation des chaines de valeurs et des mutations géopolitiques.
Pour l’Afrique, l’intégration n’est donc pas une option, elle est une nécessité. A ce titre, la mise en œuvre effective de la zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), représente une étape décisive en favorisant le commerce intra-africain, en facilitant la circulation des biens, des services et des personnes. La Zlecaf constitue un levier majeur de transformation économique. Néanmoins, il convient de reconnaitre que la faiblesse du commerce intra-africain ne s’explique pas uniquement par les barrières tarifaires. Elle tient également à des facteurs structurels, tels que le faible niveau d’industrialisation, la faible diversification des économies et la prédominance des exportations de matière première.
Dès lors, l’intégration doit s’accompagner d’efforts soutenus en matière d’industrialisation, de transformation locale, de diversification économique et l’innovation technologique.
Parallèlement, il demeure indispensable de développer des infrastructures structurantes, énergétiques, numériques et de transport, de renforcer la coordination entre les communautés régionales et l’Union Africaine et de promouvoir les initiatives sous-régionales d’intégration, à l’image de l’Organisation pour la Mise en Valeur du Fleuve Sénégal, qui illustre, de manière exemplaire, un modèle de gestion concertée et solidaire des ressources transfrontalières.
Je salue, à cet égard, le leadership de mon frère, son excellence le Président Diomaye Faye ainsi que son gouvernement mené par Son Excellence le Premier ministre Ousmane Sonko, pour leur engagement et leur contribution à la réussite exemplaire de cette organisation sous régionale de coopération, fondée sur le respect mutuel et la solidarité est un modèle pour l’Afrique toute entière.
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
C’est précisément dans ces liens entre intégration et transformation que se dessine notre troisième enjeu majeur, la souveraineté. La souveraineté dans sa conception traditionnelle, entendue au sens de liberté absolue de choisir et de décider sur son propre territoire, sans dépendance ni pression extérieure, n’est aujourd’hui qu’une simple notion théorique. Il n’y a pas une souveraineté mais autant de souverainetés que de niveaux de dépendances envisageables : souveraineté alimentaire ; souveraineté énergétique ; souveraineté hydrique ; souveraineté économique ; souveraineté numérique ; souveraineté sanitaire, etc.
Dans un monde marqué par des rapports de force et d’influence, la souveraineté ne peut plus être comprise comme une indépendance absolue, désormais, largement illusoire. Elle réside plutôt dans la capacité de nos Etats à maitriser leur dépendance et à réduire les vulnérabilités et à renforcer leur résilience.
Elle se mesure aussi par notre aptitude à sécuriser nos ressources stratégique et à peser concrètement sur les dynamiques internationales. Quand je dis ici, nous, je veux dire nous, Etats africains. Dans cette perspective, l’intégration africaine s’impose comme levier central de souveraineté. En limitant les dépendances extérieures, en renforçant les complémentarités régionales et en amplifiant la voix du continent sur la scène internationale, l’intégration offre à l’Afrique les moyens de mieux défendre ses intérêts, de jouer un rôle plus affirmé et de contribuer de manière plus significative à la gouvernance mondiale.
Ainsi, stabilité, intégration et souveraineté ne doivent pas être envisagées séparément. Elles constituent les trois dimensions indissociables d’un même projet historique pour l’Afrique. C’est à cette condition, que les ambitions portées par l’Agenda 2063 pourront se concrétiser : Une Afrique stable dans ses institutions, intégrée dans son économie et souveraine dans ses choix.
Convaincu que nos échanges permettront d’approfondir et d’enrichir ces pistes de réflexion, je voudrais, en conclusion, renouveler encore mes remerciements à mon frère, Son Excellence le Président Bassirou Diomaye Faye et souhaiter plein succès, aux travaux de cette 10e édition du Forum de Dakar.
Je vous remercie.”