L’archéologue française Chloé Capel : “Azougui fournirait de précieuses informations sur les cités du Sahara et les réseaux de communication qui les reliaient historiquement”
Atar
L’archéologue française Chloé Capel, responsable de l’équipe de recherche archéologique du site historique d’Azougui, a annoncé que son équipe, composée d’une quarantaine de personnes, dont une quinzaine d’archéologues, reprendra les fouilles ce samedi, en collaboration avec l’Université de Nouakchott.
Dans un entretien accordé au bureau de l’Agence mauritanienne d’information (AMI) en Adrar le jeudi 8 janvier 2026, Mme Capel a souligné que son travail à Azougui vise trois objectifs : premièrement, la recherche archéologique ; deuxièmement, la préservation du patrimoine par la mise au jour d’une cité historique encore enfouie sous les décombres ; et troisièmement, la contribution au développement économique et social par la valorisation de l’histoire et de l’archéologie.
Elle a ajouté que l’objectif des quatre premières années du projet est d’étudier les vestiges du site de la Kasbah d’Azougui en fouillant d’anciens bâtiments, dont certaines parties supérieures sont encore visibles.
Elle a souligné que son équipe a mené des fouilles l’année dernière dans la première habitation de la Kasbah, couvrant une superficie d’environ 100 mètres carrés.
Elle a expliqué que le bâtiment découvert date du XVe siècle, ce qui indique qu’il ne s’agit pas de la forteresse almoravide décrite par l’historien Abou Oubayd al-Bakri. Elle a précisé que le bâtiment couvre un hectare entier et comprend de nombreuses pièces dont la fonction reste incertaine. « Étaient-ce une base militaire, des entrepôts ou un hôtel ? Nous poursuivons nos recherches afin de déterminer le rôle de ces pièces. »
L’archéologue Chloé Capel a indiqué que son équipe, composée de 15 étudiants mauritaniens du département d’histoire de l’université de Nouakchott en formation archéologique de terrain et de 15 ouvriers locaux d’Azougui participant aux fouilles, a découvert l’année dernière une précieuse émeraude sur le site de la Kasbah.
Cette émeraude, taillée en Italie au XVe siècle, témoigne de l’ampleur de l’activité économique et commerciale d’Azougui à cette époque, ainsi que de son développement et de sa prospérité.
Mme Capel s’est dite convaincue que les fouilles révéleront, au fil du temps, d’autres preuves soulignant l’importance historique et archéologique d’Azougui, ainsi que son rôle économique, social, culturel et politique au cours des siècles passés.
La chercheuse française a insisté sur l’existence de liens commerciaux et culturels étroits entre Azougui et sa région environnante, notamment les régions sénégalaise et nigérienne, en plus des liens historiques avec l’Afrique du Nord et la péninsule arabique.
Concernant la durée des fouilles, la chercheuse Chloé Capel a expliqué que les travaux durent quatre semaines par an, suivis d’une période de quatre à six mois consacrée à l’étude et à l’analyse des découvertes.
Elle a souligné que l’archéologie exige une approche progressive, en travaillant de la surface vers le bas, car les couches les plus importantes se trouvent en profondeur.
Elle a précisé que les premières recherches archéologiques à Azougui ont été menées en 1981 par des chercheurs français et que leurs découvertes ont confirmé la présence des Almoravides dans la région aux XIe et XIIe siècles.
Elle a expliqué que son équipe se concentre actuellement sur l’étude de la kasbah sans fouiller en dessous, afin de préserver ses fondations et d’éviter son effondrement.
La chercheuse française a évoqué les origines du projet, expliquant qu’il remonte à 2007, alors qu’elle était étudiante à l’Université de Paris sous la direction du professeur Jean Pauli, après avoir découvert ses travaux à Aoudaghost et Koumbi Saleh entre 1960 et 1970.
Elle a souligné que le lancement officiel des fouilles et de l’exploration des ruines d’Azougui a eu lieu le 25 janvier 2025.
Elle a indiqué qu’après être devenue professeure d’archéologie, elle a choisi la ville d’Azougui en raison de son importance historique et de son statut de site bien préservé, riche en données.
Elle a souligné que la ville fournirait de précieuses informations sur les cités du Sahara et les réseaux de communication qui les reliaient historiquement par le biais des caravanes commerciales et des expéditions scientifiques, avant l’arrivée des Portugais dans la région.
Elle a expliqué que sa campagne initiale à Azougui avait été financée par ses économies personnelles avant de recevoir le soutien du ministère mauritanien de la Culture, du ministère français des Affaires étrangères, de l’Office national du tourisme, de l’Association du patrimoine d’Azougui, de la commune d’Aïn Ehl Taya et du Centre national de la recherche scientifique (CNRS).
Elle a souligné que ce soutien reste insuffisant et que le projet nécessite des financements supplémentaires et un délai plus long. Elle a exhorté les autorités mauritaniennes à prolonger la durée des fouilles à 15 ou 20 ans, faisant remarquer que les découvertes scientifiques en archéologie exigent patience et travail continu.
Propos recueillis par Mohamed Ismael