Le ministre des Affaires étrangères participe à la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Afrique et de l’Union européenne
Bruxelles
S.E. M. Mohamed Salem Ould Merzoug, ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Mauritaniens à l’Extérieur, a participé à la troisième réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union africaine et de l’Union européenne, tenue mercredi à Bruxelles, en Belgique.
Cette réunion vise à examiner et à évaluer le partenariat entre l’UA et l’UE et à renforcer la coopération dans les domaines de la paix et de la sécurité, du développement durable et de l’intégration économique.
Elle vise également à discuter des mécanismes permettant de renforcer la coordination conjointe et d’explorer de nouveaux horizons pour la coopération stratégique multidimensionnelle, en préparation du septième sommet entre les deux parties, à la lumière des défis et des changements qui se produisent aux niveaux régional et international.
Au cours de son intervention, centrée sur la migration et les efforts entrepris par la Mauritanie pour s’adapter au nouveau contexte régional et international, le ministre des affaires étrangères a expliqué que la migration est un sujet très important qui comporte des dimensions humaines, économiques et sécuritaires, car elle est devenue l’un des défis les plus importants auxquels est confronté le continent africain, à la lumière des développements rapides et des changements profonds qui se produisent sur la scène régionale et internationale.
L’intervention du ministre des affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Mauritaniens à l’Extérieur a fait ressortir de précieuses données statistiques sur les migrations dont on peut citer le fait que la migration africaine poursuit, depuis 20 ans, une tendance à la hausse. Le niveau record de 40 millions de migrants africains constitue une augmentation de 30% depuis 2010. Étant donné des facteurs moteurs toujours forts, cette tendance devrait continuer dans les prochaines années.
Il y a aussi, le fait souvent ignoré que la plupart de la migration africaine se produit à l’intérieur du continent puisque les migrants cherchent des emplois dans des centres économiques voisins. En effet, 80 % des migrants africains ne veulent pas quitter le continent.
Gouvernance de la migration au niveau national
Evoquant la gouvernance de la migration au niveau nationale, le ministre des affaires étrangères, de la coopération africaine et des Mauritaniens de l’Extérieur a indiqué que, en 2010, en collaboration avec l’OIM, le gouvernement mauritanien a élaboré une stratégie nationale de migration comprenant un plan d’action bien défini.
La Mauritanie s’est dotée d’une législation interne pour lutter contre le trafic de migrants et mieux protéger leurs droits. La Loi n° 2020-018 modifie et complète certaines dispositions de la Loi n° 2010-021 relative à la Avancées significatives 3 la lutte contre le trafic illicite des migrants.
La nouvelle loi insiste sur l’application sans discrimination, sanctionne la facilitation de la résidence illégale, accorde l’immunité pénale aux victimes de trafic, et prévoit des mesures de protection spécifiques pour les enfants et autres personnes vulnérables.
Avec comme souci d’élargir le champ d’application de la loi, celle-ci s’applique désormais à la prévention, aux enquêtes et aux poursuites des infractions liées au trafic de migrants, ainsi qu’à la protection des migrants eux-mêmes.
Pour la protection des victimes, une attention particulière est accordée à la protection des migrants victimes de trafic, avec des dispositions spécifiques pour l’identification, la protection et la promotion de leurs droits humains.
Les sanctions ont été renforcées pour englober les peines pour les infractions liées au trafic de migrants ont été renforcées, avec des circonstances aggravantes clairement définies.
Au niveau de la coopération internationale, la loi encourage la coopération internationale en matière de lutte contre le trafic de migrants, notamment avec les pays d’origine et les organisations internationales.
Les différents aspects de la migration en Mauritanie sont régis par plusieurs lois et décrets ; comme par exemple le Décret 62.169 de 1962 portant réglementation du visa et des titres de voyage, le Décret 64.169 du 15/12/1964 portant régime de l’immigration, le Décret 65.110 du 8/07/1965 portant modification du Décret n° 64.169 portant régime de l’immigration, la Loi 65.046 du 23/02/1965 portant dispositions pénales relatives au régime de l’immigration, la Loi 67.039 du 3/02/1967 portant Régime de sécurité sociale, l’Ordonnance 91.022 du 20/07/1991 portant Constitution de la Mauritanie, la Loi 2001-052 du 19/07/2001 portant Code du Statut Personnel.
Le ministre a précisé que l’Afrique ne représente que 14 % des migrants du monde, comparé à 41 % venus d’Asie et 24 % d’Europe, selon le dernier rapport de l’OIM-2023).
L’Afrique du Sud, la Côte d’Ivoire et le Nigeria figurent parmi les cinq principales destinations du continent, reflétant leurs positions comme des centres économiques de leurs sous-régions respectives. Les migrants en provenance d’Afrique de l’Ouest, d’Afrique centrale, australe et d’Afrique de l’Est résident principalement dans les pays africains voisins, mettant en évidence l’importance de la migration de retour au sein de l’Afrique, en particulier dans les pays qui partagent des frontières terrestres.
Il a ajouté qu’en Mauritanie, la ville de MBerra de 80 000 habitants accueille depuis une décennie 100 à 150 000 réfugiés. Or et malheureusement, la réalité actuelle de la migration en Afrique est que les approches euro centriques de la gestion de la migration dominent actuellement l’élaboration des politiques nationales et régionales sur la mobilité humaine en Afrique. La sécurisation des frontières dans le Sahel, par exemple, semble répondre principalement aux impératifs sécuritaires européens et pas assez à la réalité de milliers d’années de commerce itinérant et transfrontalier à travers le Sahara et les différentes régions de l’Afrique.
La Mauritanie se félicite des récents efforts de l’OIM sur cette question en vue de corriger les distorsions dans le narratif; une distorsion dû principalement au fait que :
1- la plupart des études sur les migrations sont produites par des universités et des universitaires non africains,
2- que les initiatives en matière de migration sur le continent ne sont pas encore véritablement motivées par les aspirations africaines. Elles sont souvent orientées vers la prise en compte des préoccupations des pays donateurs. Ces préoccupations sont à juste titre associées à la migration africaine qui se fait vers et à travers la Méditerranée qui ne représente qu’une fraction de la migration en Afrique.
Les migrations à travers la Méditerranée
Concernant les migrations à travers la Méditerranée, le ministre a indiqué qu’elle représente un petit aspect des migrations globales mais elle représente tout de même un problème du fait des bouleversements sécuritaires mais surtout dans l’ordre démocratique qu’elle pose en occident. Elle alimente en effet les discours populistes et xénophobes qui sont un danger à la démocratie.
Les pays de transit font leur part pour la contrôler. À titre d’exemple, aujourd’hui c’est autour de 60 % des ressources mauritaniennes en matière de défense et de sécurité qui sont orientées vers la prévention et le contrôle de la migration.
L’Afrique en appelle à une gestion partagée de toute la chaine migratoire, celle du contrôle des flux en cours mais aussi la cause de ces flux : la pauvreté, le manque de perspectives économiques, l’impact des changements climatiques, le fardeau de la dette.
Les causes profondes des migrations et quelques prédictions :
1- Les pertes de terres productives constituent l’une des plus grandes menaces à la sécurité alimentaire, particulièrement en Afrique. Au cours des 70 dernières années, l’Afrique a perdu 60% de ses terres fertiles, alors que la croissance démographique a produit six fois plus de bouches à nourrir. Avec les changements climatiques et les sécheresses comme amplificateurs de crises, les prévisions suivantes sont non seulement plausibles, mais peuvent s’avérer inévitables:
a) Recrudescence de conflits liés à la compétition pour l’accès à la terre fertile et l’eau: entre éleveurs et agriculteurs, entre faune sauvage et villageois, etc.
b) Migrations irrégulières: les pertes de productions forcent les jeunes à migrer, parfois désespérément. Jusqu’à 700 M de personnes pourraient être amenées à prendre le chemin de l’exil, du fait des changements climatiques. Les zones arides du monde sont les plus grandes zones de départ: Sahel, Afghanistan, Somalie, pays du « Couloir Sec » d’Amérique centrale, Asie centrale….
c) Radicalisation et extrémisme violent : en désespoir de cause, désœuvrés, les jeunes, démunis, sont des proies faciles au trafic humain, au trafic de produits illicites, au terrorisme et aux violences urbaines.
2- Il convient d’avoir une politique ouverte du G7, de restaurer les terres dégradées, pour que les paysans et les éleveurs puissent les exploiter encore. Ce faisant, l’on fixe les jeunes dans leurs terroirs, leur offrant ainsi les moyens de garder leur dignité, de subvenir à certains besoins de leur famille… il s’agit d’investir sur l’avenir des jeunes, créer des chaînes de valeur, transformer une partie des productions localement.
Les pays développés sont les principaux destinataires des productions agricoles et minières d’Afrique: or, pendant des siècles, ce commerce s’est fait en un seul sens: de l’Afrique terre d’extraction, au G7 pays de destination de matières premières.
D’une Afrique de rente, vers un G7 où l’on traite les produits, les met en valeur, l’on crée les emplois, avant de réexporter vers des marchés consommateurs, y compris l’Afrique. Or, n’ayant pas les emplois sur place, les jeunes suivent le circuit de leurs produits bruts, pour s’offrir des emplois en Occident…. Il faut maintenant renverser la pyramide, et marcher sur les pieds, afin de créer des chaînes de valeur locales, créer des emplois locaux et rééquilibrer les balances commerciales.
Coopération régionale en matière de gestion de la migration
La Mauritanie participe au dialogue migratoire pour l’Afrique de l’Ouest (“MIDWA”), facilité par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Le MIDWA a pour but d’encourager les États membres « à débattre, dans un contexte régional, de questions et de préoccupations communes se rapportant à la migration ». La Mauritanie a aussi participé à toutes les consultations régionales liées à l’adoption du Pacte mondial pour les migrations et a ensuite adopté le Pacte mondial en décembre 2018.
La Mauritanie a conclu plusieurs protocoles d’entente relatifs à la migration avec des pays limitrophes comme la République algérienne démocratique et populaire, la République du Mali, et la République du Sénégal afin de réguler les flux migratoires. Le 5 mai 2017 la Mauritanie a signé un accord d’association avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) portant sur le renforcement de la coopération dans plusieurs domaines d’intérêt commun, comme la promotion de la libre circulation des personnes.15 La Mauritanie est également État membre de l’Union pour un Maghreb Arabe (UMA), qui favorise la circulation des personnes et biens entre la Mauritanie et tous les autres États membres.
La Mauritanie participe au dialogue international sur la migration au sein des Nations Unies. Elle a signé la Déclaration de New York pour les réfugiés et les migrants en 2016, adopté le Pacte mondial pour des migrations sûres en 2018 et signé la Déclaration de Niamey sur le trafic d’êtres humains, adhéré à la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille le 22 janvier 2007.