Secrétaire Général de l’Association des Ulémas Mauritaniens :Je mets en garde tout le monde, surtout les jeunes, contre les dangers pour l’ici- bas comme pour l’au-delà des applications des jeux d’argent et de hasard
Nous avons assisté ces dernières années à une prolifération des applications bancaires numériques qui varient en fonction de leurs spécialisations et de leurs domaines. Ces applications ont fait l’objet d’une forte demande, notamment de la part des jeunes. Cependant, dans quelle mesure ces applications sont- elles autorisées, licites et donc conformes à la Charia, compte tenu de l’existence de certaines fraudes et irrégularités dans certaines des opérations fournies par ces applications ?
C’est à cette question que le secrétaire général de l’Association des Ulémas mauritaniens, M. Cheikh Ould Saleh a bien voulu répondre, dans une interview accordée à l’Agence mauritanienne d’information. Il a expliqué à cet égard la vision de la Charia sur ces applications, déclarant que, dès lors que les transactions se renouvellent souvent, et ne sont pas soumises à des règles constantes, elles entrainent des situations nouvelles chaque fois que les gens en abusent commettant des actions immorales ou criminelles. Ces transactions, à notre époque, se renouvellent avec les monnaies électroniques et numériques, dont nous avons connu plusieurs types, comme, par exemple, le Yuasdi, le Blockchain et le Bitcoin, qui ont été présentés à des jurisconsultes musulmans pour avis juridique.
C’est ainsi que ces jurisconsultes les ont classés en trois catégories différemment appréciées :
Il a souligné que dans la première, il est permis de traiter avec les monnaies numériques qui ont un équivalent dans la réalité, par opposition à celles qui n’ont pas d’équivalent et avec lesquelles et dont la pratique est interdite (deuxième catégorie).
La troisième quant à elle, c’est suivant le cas ; elle est tantôt interdite, tantôt autorisée en fonction de sa nature et de l’existence d’une contrepartie.
Le secrétaire général a expliqué que ces phénomènes ont pris des formes nouvelles qui se sont développées pour entrainer des dérapages ayant conduit à des pratiques douteuses voire criminelles exactement comme les jeux de hasard. Or, quand il est question de jeux de hasard, alors c’est de l’interdiction pure et simple qu’il s’agit, même des formes qui étaient auparavant licites, étayant ses propos par un verset du Saint Coran.
Le secrétaire général a expliqué que si ces phénomènes conduisent au mensonge ou au jeu, ils sont interdits selon l’unanimité des Ulémas.
Il a indiqué que ces phénomènes se sont répandus parmi les jeunes et au sein du public y compris dans certains cercles et n’ont cessé d’évoluer en complexité jusqu’à ce qu’ils soient devenus partie des crimes classés au niveau international comme cybercrimes, pour lesquels des textes ont été élaborés, textes qui ne peuvent rester figés au regard de l’évolution stupéfiante de la criminalité.
M. Cheikh Ould Saleh a ajouté que les jeunes devraient savoir que le financement frauduleux à partir de ces applications est interdit en raison du hadith du Prophète (Que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) : « Tout ce que l’on consomme d’indu qui développe notre corps, sa finalité est l’enfer ».
Il a souligné que ce que ces personnes gagnent grâce à ces applications va devenir finalement un fléau pour elles et les conduira au malheur tant dans ce monde que dans l’au-delà.
Dans le hadith d’Al-Bukhari, il est dit que les hommes qui vivent dans l’opulence avec les biens d’Allah sans s’acquitter de leur devoir envers leur prochain, c’est la géhenne qu’ils auront le jour de la résurrection.
Le secrétaire général a mis en garde contre la propagation de ces phénomènes, surtout parmi les jeunes, car elle s’est étendue jusqu’à notre pays.
Les jeux de hasard sont un phénomène interdit par ‘’l’Ijmaa’’ (unanimité des Ulémas de la Umma islamique), car les institutions qui les pratiquent ne sont pas connues et n’ont pas de légitimité propre. En effet, ce jeu de hasard commence par une petite souscription qui ouvre des fenêtres à d’autres donnant lieu à des soldes consistants et une fois ces soldes amassés, les tenants de l’affaire se retirent avec l’argent gagné et ferment les fenêtres et l’argent des souscripteurs disparaît.
Le résultat est que les gens qui se sont trop engagés et sont devenus dépendants de cette affaire espérant le moment fatidique tombent en faillite.
Cette situation conduit certains à persévérer dans cette mauvaise voie finissant le parcours par la décadence morale et le crime qui les fait entrer à son tour dans les réseaux de la criminalité.
Le secrétaire général a souligné que les catégories licites parmi les moyens de paiement électroniques et numériques n’ont pas été épargnées par ces dérapages. Ainsi le Bitcoin par le biais duquel les gens faisaient des transactions normales a fait l’objet, à travers ces applications, de manœuvres dilatoires, de fraude de sorte que la location d’applications bancaires était faite dans certains cas dans le but de blanchir de l’argent, de frauder, d’escroquer les autres.
En Chariaa, dès lors qu’il est question de risque pour les gens, ce qui était autorisé à l’origine tombe de facto dans le cercle de l’interdit ».
Le secrétaire général de l’Association des Ulémas mauritaniens a conseillé aux jeunes, au public et à tous, de respecter les procédures dans l’utilisation des applications et de respecter leur vie privée et « de ne pas louer les applications à qui que ce soit, de ne pas les prêter, de ne pas les donner et de ne pas les vendre ».
Il a précisé que ces institutions qui pratiquent cette activité doivent avoir une licence légale et toute institution qui n’en a pas ne peut pas s’en occuper, et qu’il est interdit à quiconque de traiter avec une institution qui n’a pas de licence légale, soulignant que ces monnaies doivent avoir un garant pour leur valeur et que ce garant c’est la banque.
M. Cheikh Ould Saleh a relevé l’importance pour les jeunes de comprendre le danger de ces applications, notant que : « les jeunes doivent se méfier du piège que représentent les réseaux de fraudeurs à travers ce système de paiement.
En tout état de cause persévérer dans ces pratiques illégales entraine les jeunes à sombrer dans les marécages du mal et des insanités à s’endetter sans mesure les amenant à se muer en fraudeurs, puis en voleurs voire en criminels compromettant complètement leur avenir.
En ce qui concerne l’usurpation d’identité dans ces médias et par les moyens de communication, le Secrétaire Général de l’Association des Ulémas Mauritaniens a déclaré que c’est interdit. Par ailleurs, dire et pratiquer le parjure, sont condamnés par le Messager d’Allah (PSL) qu’il a dénombré parmi les péchés majeurs comme les jeux de hasard.
Les jeux sont des péchés majeurs et classés comme tels. Il en est de même du faux et de l’usage de faux.
Le Secrétaire général a ajouté que « ceux qui se font passer pour ces personnages commettent des crimes et ces crimes sont transitifs parce qu’ils pratiquent eux-mêmes le parjure et nuisent aux autres ensuite, puis essaient de se faire passer pour d’autres et souvent écrivent à l’autre via un lien ou l’entrent via une application et lui ordonnent d’écrire ses données à travers lesquelles ils le pénètrent et ‘’escaladent’’ le mur de sa vie privée.
C’est- là un crime transgressif majeur et son danger est patent et sa punition incombe au juge, qui doit s’efforcer de rendre pleine justice à la victime du dommage et arrêter le faussaire à sa limite, lui administrer la peine qu’il mérite de manière à le dissuader pour l’avenir.
Ce genre de crime (usurpation d’identité et cybercriminalité), est prévu par les procédures connu et codifié.
Il a mis en garde contre le fait que « ces fonds qui coulent à travers ces applications et tout ce qui est acquis suite à une fausse identité, sont des choses qui sapent le pays et la société, détruit les valeurs et la morale, corrompt les jeunes et les communautés, conduisent à la déviation et au dérapage, Qu’Allah nous en préserve.
M. Cheikh Ould Saleh a appelé les jeunes à craindre Allah le Tout-Puissant et à se tenir à l’écart de ces comportements déviants et de ces crimes transgressifs et à s’en méfier comme de la peste.
En tout état de cause il les a averti que demain, leurs actions comme leurs témoignages seront affichés devant eux notant que les dispositions légales prévues pour sanctionner ces crimes sont inspirées de la Chariaa.