Du meilleur au plus propre jusqu’au plus digne, aux candidats de tous, du peuple et de la nation, les descriptions des dominateurs de la scène électorale pour les consultations de mai 2023 varient différent selon les uns et les autres.
Des expressions portées par la “khaima” (tente) dressée partout et venant en tête des différents panneaux d’affichage arborés dans les rues les plus en vue de la capitale, dans une tentative de chaque candidat de séduire le plus grand nombre d’électeurs et de les rendre fiers.
Malgré la grande expansion urbaine qu’a connue la capitale et la présence de maisons de tout standing, la tente mauritanienne s’élève fièrement pour rappeler les débuts de la formation de l’État et un moment historique où la Khaima était le premier refuge dans lequel, la politique mauritanienne a fait ses premiers pas.
De ce point de vue, et selon un sondage réalisé auprès de nombreuses personnes interrogées, la tente mauritanienne joue le plus grand rôle dans la conquête de l’électeur et dans son choix d’un parti par rapport à l’autre, en fonction de sa taille, de sa qualité, de son mode de préparation, de son ameublement et en fin du niveau d’animation musicale qu’elle présente lors des soirées et des veillées.
Une vérité qui a incité de nombreux candidats à rassembler le plus grand nombre de tentes dans une seule, ce qui a fait grimper en même temps la demande des tentes et donné aux femmes chargées de les dresser l’occasion d’en tirer profit.
La campagne électorale constitue le pic de la saison de vente de tentes, en plus de la saison d’automne et de la Guetna, périodes au cours desquelles les femmes qui travaillent dans ce domaine trouvent des gains importants leur permettant de compenser les longs moments de marasme, confie Mariem Mint Imijine, selon laquelle, les tentes utilisées dans la campagne sont de deux catégories, celles achetées cash et celles louées uniquement pour la période de campagne avant d’être retournées à leurs locatrices à la fin de cette saison électorale.
Les fabricantes de tentes bénéficient des revenus d’entretien pour la deuxième catégorie, puisqu’elles se chargent des aspects liés à leur installation, à étendre quotidiennement les cordes et fixer les piquets, à préserver l’équilibre de ces tentes ainsi qu’à assurer leur garde tout au long de la campagne contre le vandalisme et les incendies, a-t-elle ajouté.
Cette mission est confiée par les fabricantes de tentes à certaines femmes cheffes de famille en échange d’une somme d’argent ; ce qui contribue à aider de larges segments qui n’ont aucun moyen en dehors de cette saison alors que ce sont des jeunes qui sont chargés de leur surveillance, a-t-elle poursuivi.
Les prix des tentes varient en fonction de leurs tailles, chacune allant de 6 000 à 2 000 ouguiyas nouvelles, tandis que le loyer des tentes pour la période de campagne varie entre 5000 et 2 000 ouguiyas nouvelles, alors que le montant de l’entretien de 5 petites et grandes tentes groupées atteint respectivement 10 000 et 20 000 tout le long de la campagne, souligne quant à elle Mme Mouna Mint Cheikh.
A l’opposé de ce dynamisme économique, les femmes travaillant dans le domaine de la confection des tentes se plaignent de la concurrence de la tente étrangère dite « Gueytoune » importée du Maroc, qui a fait son entrée avec force dans les habitudes de la campagne électorale et a commencé à rivaliser la tente mauritanienne authentique.
Le recours de beaucoup à l’utilisation du “Geutytoune” s’explique par les conditions climatiques caractérisées par la fréquence des vents auxquels la tente mauritanienne ne peut pas résister, dit Mme Mouna Mint Cheikh appelant à un retour à l’utilisation de la tente, surtout avec l’existence d’un climat tempéré, dans lequel Khaima présente de nombreux avantages.
Entre ceci et cela, la tente mauritanienne est porteuse de significations et de révélations qui peuvent ne pas être disponibles ailleurs, ce qui en fait un élément indispensable pour les Mauritaniens à tout moment et dans la campagne de propagande en particulier.
Reportage : Mokhar Taleb Navé