“on ne s’oppose pas à l’organisation des marchés de la ville et on ne veut pas avoir des problèmes avec la CUN ou avec toute autre autorité, mais, notre vie repose sur le transport des marchandises et notre moyen pour cela sont nos charrettes et pousse-pousse”. Un témoignage fait par le citoyen Sid’Elemine Ould Messaoud, qui proteste contre la CUN, pour lui avoir confisqué sa charrette, lui interdisant de transporter des marchandises dans le centre de la capitale.
Une situation que des dizaines de propriétaires de charrettes et de pousse-pousse, visés par la décision de la CUN, partagent avec Sid’Elemine,
“estimant qu’il s’agit là d’une volonté de couper les sources de revenus et donc la vie d’une large frange des populations démunies et d’une décision arbitraire, non justifiée, ciblant une communauté n’ayant aucun autre moyen de vie que ces charrettes”. La CUN se défend en affirmant que cette campagne est destinée “à organiser les marchés”, “à mettre fin au phénomène de prolifération des ânes et des charrettes dans le centre de la ville” et à “limiter les embouteillages”.
Sid’Elemine ne cache pas la peine qu’il a ressentie, comme ses autres collègues “quand ils ont vu le bulldozer détruire leurs charrettes, grandes et petites, les réduisant en ferrailles, après avoir été jusqu’à une date proche les seules sources de leurs revenus”.
Un autre docker, Touhami Ould Jaavar partage avec lui ce sentiment, considérant que “ce geste constitue un autre visage de la négligence vécue par la catégorie des dockers”, car, dit-il “si l’objectif est d’organiser les routes pour rendre la circulation fluide, il y a d’autres obstacles plus grands et plus gênants que les propriétaires des charrettes”.
Un troisième docker, Yarba Ould Mohamed El Mehdi, indique avoir échappé aux équipes chargées de superviser la campagne de la CUN, en leur payant 2.000 UM.
Cheikh Ould El Bechir, un chauffeur des véhicules de transport des marchandises, insiste pour donner son avis: “ces dockers sont des citoyens comme nous. Nous devons tous coopérer avec les autorités publiques, mais, sincèrement, je ne pense pas que cette campagne a atteint les objectifs escomptés, car l’embouteillage reste inchangé”.
Certains commerçants ne cachent pas eux aussi leur solidarité avec les dockers. L’un d’eux, Habib Allah Ould Ahmed dit: “personne ne s’oppose à l’organisation de la ville, mais la manière suivie à cette fin doit être légale et ordonnée”.
Mohamed Salem Ould Ghazouani trouve que “la commune considère que cette campagne contribue à réduire ou à mettre fin à la présence des équins dans les routes”, ajoutant que cela n’est pas une solution, “car ces groupes de citoyens sont contraints de travailler pour vivre” souligne-t-il.
Son collègue Mohamed Ould Sidi Mohamed dit: “la campagne menée par la commune ne vise pas cette unique classe, mais la dépasse pour se généraliser à tous les citoyens, particulièrement les commerçants, toutes catégories confondues, du fait que la communauté des dockers constitue un pan fondamental du marché”.
Un autre commerçant, Mohamed Ould Sidi, va plus loin, considérant que la campagne organisée par la CUN, ne fera que contribuer à la flambée des prix et à inciter une frange importante des citoyens contre les autorités publiques”.
Le commerçant révèle également qu’avec d’autres collègues, ils se sont rendus au siège de la CUN, qu’ils ont rencontré plusieurs de ses responsables, indiquant avec regret, que malgré les nombreuses explications qu’ils avaient présentées, aucun de hauts cadres rencontrés n’avait donné des éclaircissements.
Le correspondant de l’AMI a essayé d’avoir plus d’informations auprès de ces commerçants. Ses efforts lui ont finalement permis d’obtenir une déclaration du chargé de la communication auprès de la CUN, M. Barrada Mohamed, dans laquelle il précise que: “cette campagne s’inscrit dans le cadre de la préservation de l’image urbaine de la capitale, du fait que c’est la vitrine du pays qui reflète le degré de son développement”, relevant que: “la circulation des ânes dans le centre ville et au voisinage des institutions publiques, est une chose inadmissible”.
Il a également précisé que “cette démarche est circonscrite dans ses débuts à la zone sise entre le marché de la mosquée marocaine au sud, le carrefour Madrid à l’est et aux carrefours “citée Smar” et “Ould Mah” au nord.
Le responsable de la communication demandé à tous à aider la CUN dans cette orientation.