L'AMI

Protection civile: Des sacrifices énormes et un déficit aigu des compétences humaines et des équipements nécessaires

Le Directeur de la Protection Civile, le Lieutenant Colonel Dahi Ould El Mamy a indiqué que “malgré des conditions difficiles, l’ampleur et l’étendue des précipitations enregistrées cette année, sa direction a pu réaliser avec succès des interventions dans la capitale et à l’intérieur du pays”.
Dans un entretien accordé à l’AMI, il a également souligné que “les quantités de pluie tombées au cours de cette saison et leur fréquence avaient paralysé plusieurs localités du pays, comparativement à l’hivernage passé, constituant une première, qui a pris au dépourvu tous les services concernés dont la Protection Civile”. “Mais l’esprit de sacrifice et de disponibilité avait permis de compenser le manque des moyens”, a-t-il dit.
Il a ajouté qu’il était apparu nécessaire, depuis plusieurs années, que la Protection Civile soit préparée sur tous les plans et dotée de tous les moyens indispensables et de compétences humaines requises pour intervenir en cas de besoin, ce qui, a-t-il noté n’a pas été fait auparavant.
Le directeur a signalé que les pluies diluviennes qui sont tombées sur le pays cette année, et qui ont atteint des niveaux inhabituels, auxquelles s’ajoutent les autres défis qui exigent une intervention de la protection civile ont montré que les services concernés, la Protection civile en premier lieu, sont encore au stade de création.
Il a expliqué cette situation par les accumulations auxquelles était confronté auparavant la Protection Civile dont la compréhension erronée de son rôle dans la vie civile moderne, où elle est considérée comme investie de la seule mission d’extinction des incendies ; ” ce qui est loin de la vraie définition de protection civile à savoir qu’il n y a pas de sécurité, ni de croissance sans protection civile.
Le lieutenant colonel Dahi ould El Mamy a indiqué aussi que cette négligence et cette vision erronée de cette direction publique depuis sa création, ont toujours empêché celle-ci d’occuper la place qui lui sied, sur les plans des capacités du personnel, des compétences spécialisées, des moyens matériels et logistiques appropriés, à la hauteur de l’ampleur des interventions qui sont demandées d’elle pour assurer la protection des citoyens et de leurs biens contre les catastrophes.
A propos des interventions et des dernières opérations exécutées par sa direction au profit des sinistrés, suite aux inondations qui ont touché Nouakchott et l’intérieur du pays, le Directeur Général de la Protection Civile a affirmé que ses services ont pu mener beau coup de missions difficiles, soulignant que malgré cela les efforts déployés restent encore insuffisants.
Il a également dit que la Protection Civile était présente à tous les moments, qu’elle a eu l’honneur d’être la première à porter secours aux citoyens et à les mettre à l’abri des dangers consécutifs aux inondations provoquées par les dernières pluies, surtout à Nouakchott, Kaédi, et Nouamghar, notamment à travers l’exécution d’un ensemble d’interventions rapides comprenant l’évacuation des eaux et la contribution dans le déplacement des sinistrés suite aux inondations, particulièrement dans les Moughataas de la capitale.
Il a par ailleurs précisé que la Protection Civile a dépêché à la ville de Kaédi une équipe spécialisée composée de 16 éléments et équipée de matériels et outils nécessaires, qui a pu travailler pendant 20 jours environ, parvenant à accomplir avec succès ses missions visant la sécurisation de la ville contre tout danger, suite à l’encerclement des habitations des citoyens par les eaux. La protection civile a également participé dans les opérations de secours menées au profit des habitants de Nouamghar dans la Wilaya de Dakhlet-Nouadhibou, a-t-il indiqué.
Evoquant les problèmes qui empêchent la Protection Civile d’atteindre les niveaux requis, le lieutenant Colonel Dahi Ould El Mamy a précisé que cette direction souffre toujours d’un déficit réel dans toutes ses articulations, ce qui dira-t-il ” a conduit d’autres parties à intervenir pour réaliser des missions qui relèvent de son seul ressort ; mais ce manque et l’imprévisibilité du danger ont nécessité d’autres interventions externes “. Il a souligné l’absence de coordination effective entre les différents services concernés et le manque de contrôle au cours des interventions, ainsi que la multiplicité des parties, ce qui a occasionné certainement, a-t-il dit, davantage de charges à l’Etat.
Il a indiqué également que des centaines de millions d’ouguiyas étaient facturés sans la moindre justification dans ce type de circonstances durant les dernières années sur le budget de l’Etat et que l’équipement de la Protection Civile par les moyens nécessaires pour intervenir en cas de besoin aurait coûté peut-être moins que ce qui a été dépensé pendant une seule saison, en raison de l’enchevêtrement des compétences, du manque des outils et du matériels ainsi que de l’insuffisance du déploiement des services de cette direction dont l’action reste encore limité à Nouakchott, Nouadhibou et Rosso.
Pour dépasser cette difficile étape de l’histoire de la protection civile dans notre pays, son Directeur Général indique qu’elle envisage actuellement l’exécution d’un programme ambitieux lui permettant de réaliser avec succès les missions dont elle est chargée.
Ce programme comporte la disponibilisation des compétences humaines demandées et la sensibilisation du personnel sur les missions confiées à la Protection Civile dans la Mauritanie nouvelle.
Il a également précisé qu’un recrutement de sapeurs pompiers et de cadres, est en cours actuellement, en plus de la mise en place d’un personnel capable de permettre à la Protection civile d’être présente sur le tout le territoire national, après l’obtention de terrains qui lui sont réservés dans toutes les capitales régionales et chefs lieux des Moughataa et en attendant l’arrivée d’équipements permettant d’honorer cette mission.
En plus de la volonté des autorités nationales et de leur prise de conscience de l’importance du rôle attendu de la Protection civile pour sécuriser les citoyens et leurs biens dans la nouvelle Mauritanie, le lieutenant Colonel Dahi Ould El Mamy a évoqué l’existence d’une excellente coopération extérieure avec les Etats-Unis d’Amérique et la Principauté de Monaco.
A ce sujet, il a précisé que la direction de la Protection Civile a récemment signé avec son partenaire permanent, en l’occurrence la Principauté de Monaco, un protocole d’accord de deux ans en vertu duquel cette dernière se charge de la construction de casernes pour son compte dans les autres Moughataas de Nouakchott, dont une, celle de la Moughataa de Toujounine est déjà achevée ; son inauguration étant prévue à l’occasion de la célébration du cinquantenaire de l’indépendance nationale.
L’accord comporte également l’apport de soutiens et de conseils techniques aux responsables de la gestion des différents services de la direction et leur dotation, de manière constante, d’outils, ainsi que l’amélioration continue des compétences individuelles par voie de formation et de mise à niveau.
A propos de la coopération américaine, le Directeur Général a précisé qu’elle a permis jusqu’à présent la réalisation de trois casernes de la Protection Civile à Nouadhibou, Rosso et Nema, en plus de l’engagement à construire deux autres casernes à Kaédi et Kiffa.

Par Sidi Ould Amar

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