L'AMI

La ville de Kaédi pourra-t-elle changer de visage?

Les pluies qui se sont abattues ces derniers jours sur Kaédi embourbent la ville dans une boue pâteuse qui fait prendre un sale coup à sa propreté.
En pareil moment, les visiteurs aiment généralement flâner, prendre du bon temps, parcourir les rues de la ville et humer l’air frais de l’après pluie.
S’il vous arrive de vous trouver à Kaédi, en ces temps ci, et que l’envie vous prend de vous promener dans la ville et ses environs, faites attention et soyez prudent :
Des flaques d’eau, des mares de boue en plus des ordures jonchent les rues si celles-ci ne sont pas, elles-mêmes, fortement boueuses.
Au marché tachez d’être prudent et sportif au passage d’un véhicule ou d’une charrette, si vous voulez éviter les désagréments d’un prompt retour à la maison pour vous changer et refaire votre douche. Dans ce lieu de rencontres quotidiennes entre vendeurs et acheteurs, les vendeuses de légumes et de céréales exposent leurs produits aux abords des rues depuis qu’elles ont été expulsées du marché.
L’une de ces vendeuses, qui a requis l’anonymat, assise derrière ses "cuvettes" pleins de riz, de haricot et de blé ne cesse de dire à qui veut l’entendre que c’est sa situation d’extrême pauvreté qui l’oblige à faire ce travail pour nourrir ses enfants. Nous vivons ici une situation intenable et si la commune n’assure pas la pérennité du nettoyage du marché, je risque de ne plus payer, la patente" a-t-elle menacé avant d’ajouter dans un sourire ironique que les autorités communales feraient mieux de faire autre chose que de focaliser leurs efforts sur le recouvrement".
Pour aider à nettoyer Kaédi, l’ONG World Vision et le PASOC ont financé une opération pilote visant, dans un premier temps, l’assainissement des quartiers modernes et de Gataga avant de l’étendre ensuite vers 2 autres quartiers en cas de réussite de la première opération.
Et,sur le sort des autres quartiers, le premier adjoint au maire de la commune de Kaédi, M. Abou Cissé affirme à l’AMI que leur assainissement constitue un grand problème qui préoccupe au plus haut point les autorités communales de la cité. Selon lui, le maire est jugé en fonction de la salubrité de sa commune." La situation actuelle de la ville de Kaédi, nous l’avons héritée des responsables communaux qui nous ont précédé " a-t-il fait remarquer.
M. Abou Cissé précise encore que la commune n’a pas aujourd’hui suffisamment de moyens pour dégager les ordures de la ville. Il souligne, par la suite, que les partenaires de la commune de Kaédi, qui l’on aidée en matériel, lui ont transféré du matériel inadéquat aux conditions de la ville ou très vétuste pour pouvoir fonctionner au delà de quelques mois voire de quelques jours avant de tomber en panne.
M. Abou Cissé a noté aussi que pour engager de nouvelles activités de nettoyage, la commune tente avec le CSA une opération "vivres contre travail" qui n’a pas encore abouti. "Notre souci reste toujours focalisé sur la propreté de la ville" note-t-il.
En plus de la dégradation de l’environnement et du cadre de vie en général, l’hivernage à Kaédi est généralement à l’origine de la prolifération de toutes sortes d’insectes notamment les moustiques qui dérangent et qui sont avec les flaques d’eau source de maladies comme le paludisme, les diarrhées, le ver de Guinée et le bilharziose. Selon le médecin chef de la maughataa de Kaédi, de rares cas de bilharziose ont été enregistrés en 2009 alors qu’au cours de l’hivernage de la même année, près de 4000 cas de paludisme ont été recensés par ses services.
Dr. Mohamed Said Ould Mohamed Yehdhih trouve que ce nombre important de cas de paludisme est favorisé par le manque de sensibilisation et d’intérêt pour l’utilisation de moustiquaires. "Certaines familles possèdent des moustiquaires mais ne les utilisent pas" à-t-il affirmé.
Le médecin chef précise encore que la gratuité des médicaments pour lutter contre le paludisme a créé chez les malades particulièrement les plus pauvres l’envie de se faire soigner très tôt. Il a aussi indiqué qu’avant la fin de l’année scolaire des médicaments de lutte contre la bilharziose ont été distribués aux élèves des écoles et de mahadras de la moughataa.
Dans l’un des quartiers inondés, une femme assise sous son hangar partage ses regards entre la recherche d’un client pour ses kilogrammes de charbon et l’exercice de gymnastique effectué par des personnes désireuses de traverser la rue sans avoir à se mouiller par les flaques d’eau déclare en parlant de la situation des habitants de son quartier: "Nous sommes entourés par les eaux et nous ne pouvons pas dormir la nuit à cause des moustiques" avant de poursuivre: "j’ai entendu parler d’une distribution de moustiquaires pour l’OMVS destinées aux femmes en état de grossesse et nous les autres, les pauvres nous sommes mes fatigués, nous avons faim et nous avons besoin de l’aide".
Cette aide doit commencer, d’après elle, par le remplissage des fossés creusés par l’ong italienne "Africa 70" et la construction de canaux pour évacuer les eaux. D’autres femmes de son quartier demandent elles aussi d’autres actions pour sortir du calvaire qu’elles vivent en ces moments difficiles.
Si des actions ont déjà été menées pour répondre à leurs doléances, il reste que Kaédi a encore besoin d’autres bonnes volontés pour réaliser beaucoup d’autres choses afin de rendre la ville habitable en cette période de vacances.

Par Aly Ould Ahmed Sidi

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