Professeur d’université El Bekaye Ould Abdel Malick : significations historiques et politiques profondes du discours du Président de la République à Atar
Le professeur d’université, M. El Bekaye Ould Abdel Malick, a déclaré que le choix de l’ancien président, feu Mokhtar Ould Daddah et du Président de la République, M. Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, de la wilaya de l’Adrar, et plus particulièrement de la ville d’Atar, pour y prononcer deux discours d’une grande importance, ne relevait nullement du hasard, mais revêtait de profondes significations historiques et politiques.
Dans un entretien accordé à l’Agence Mauritanienne d’Information, il a expliqué que ce choix témoignait de la connaissance approfondie que les deux hommes avaient de l’histoire du pays, soulignant que l’un et l’autre appartenaient à une génération d’intellectuels conscients de l’importance de la symbolique historique des lieux dans la formation de la conscience nationale.
Il a ajouté que la wilaya de l’Adrar constitue, à un moment essentiel de son histoire, le berceau de la civilisation chinguittienne, les débuts de la formation de cette civilisation étant liés à l’époque almoravide.
M. El Bekaye Ould Abdel Malick a indiqué que cette région était associée à d’éminentes figures du savoir et de la prédication religieuse, parmi lesquelles l’imam Abou Bakr Al-Hadrami Al-Mouradi, qui vécut dans la région et y exerça son activité de prédication. Celui-ci s’est notamment illustré par un ouvrage consacré à la politique, considéré comme l’un des écrits rares de la pensée politique au Maroc, en Andalousie et en Mauritanie.
Il a expliqué que la présence de cette dimension symbolique et historique dans le choix de la ville d’Atar était particulièrement liée aux débuts de la formation de l’État et de la civilisation almoravides, ainsi qu’au rôle joué par Abou Bakr Al-Hadrami Al-Mouradi dans la diffusion de la prédication religieuse dans la région. Le fondateur de l’État almoravide, Abou Bakr Ibn Amer, l’avait fait venir dans ce pays pour y exercer cette mission, après son retour du Maroc et d’Andalousie, où il avait confié les affaires de l’État à son cousin Youssef Ibn Tachfine.
Selon M. El Bekaye Ould Abdel Malick, cette profondeur civilisationnelle et historique n’était absente ni du discours du président fondateur Mokhtar Ould Daddah, ni de celui du Président de la République, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. Elle confirme ainsi que le choix d’Atar était lié à une conscience claire de la symbolique que la ville et la wilaya recèlent dans la mémoire nationale.
Il a souligné que considérer l’Adrar comme le berceau de la civilisation chinguittienne ne se limite pas à la période almoravide, mais s’étend également aux cités médiévales, au premier rang desquelles Chinguetti et Ouadane, qui constituèrent d’importants foyers de rayonnement scientifique et culturel et contribuèrent à faire connaître la Mauritanie dans les différentes contrées de l’Orient et de l’Occident musulmans.
Il a affirmé que ce rôle historique avait également fait de l’Adrar l’un des premiers foyers de formation de la conscience politique nationale. Il a cité, à cet égard, le discours prononcé par Mokhtar Ould Daddah dans la ville d’Atar, le 1er juillet 1957. C’est de cette ville qu’il avait choisi de s’adresser à la nation, en ouvrant son intervention par des paroles de reconnaissance à l’adresse des populations de l’Adrar qui l’avaient choisi pour les représenter.
Il estime que l’élection de Mokhtar Ould Daddah par les populations de l’Adrar revêt une portée politique considérable.
En effet, il n’était pas, sur le plan régional, originaire de la wilaya et n’entretenait avec elle aucun lien tribal ou spirituel direct. Les habitants de l’Adrar l’avaient pourtant choisi comme leur représentant, avant qu’il ne s’impose par la suite sur la scène politique et ne devienne Président de la République.
M. El Bekaye Ould Abdel Malick a souligné que cet épisode témoignait d’un niveau précoce de conscience politique nationale, ayant dépassé les cadres étroits fondés sur les appartenances tribales, régionales ou territoriales, et affirmé la primauté de l’appartenance nationale sur les considérations locales. Il considère que c’est là l’une des significations que le Président de la République a eues à l’esprit lorsqu’il a choisi la ville d’Atar pour y prononcer son discours.
Il a également évoqué la dimension civilisationnelle et régionale du discours prononcé par le président Mokhtar Ould Daddah en 1957, estimant que celui-ci dépassait les limites de la wilaya et de la géographie locale. Le président fondateur y évoquait en effet ce qui se trouvait au-delà des plateaux de l’Adrar, au-delà des collines de l’Aoukar et des collines de l’Azéfal, faisant ainsi référence à l’environnement régional de la Mauritanie et exprimant une vision politique et civilisationnelle dont l’horizon dépassait les frontières géographiques étroites.
En revanche, M. El Bekaye Ould Abdel Malick considère que cette dimension civilisationnelle trouve son prolongement dans le discours du Président de la République à travers ce qu’il qualifie de réalisme politique et d’attachement aux limites de la géographie politique de l’État mauritanien fondé en 1960. À ses yeux, ce réalisme n’est pas contradictoire avec les dimensions civilisationnelles et historiques dont le président fondateur avait dessiné les contours ; il les intègre plutôt dans le cadre de l’État moderne et de ses frontières reconnues.
Il a ajouté qu’il existait entre les deux hommes une vision civilisationnelle commune, fondée sur la préservation des constantes nationales. Le Président de la République l’a, selon lui, réaffirmée à l’occasion de plusieurs rencontres et discours, notamment dans son discours de Néma et dans celui d’Aïoun, où il a insisté sur l’importance de la diversité et de l’harmonie entre les différentes composantes de la société mauritanienne.
Dans ce contexte, M. El Bekaye Ould Abdel Malick rappelle la conception d’avenir formulée par l’ancien président Mokhtar Ould Daddah sous l’appellation de « Grande Mauritanie » ou de « Mauritanie de demain ». Il considère que la création de l’État moderne après l’indépendance a contribué à redessiner la carte de l’État et à en définir le cadre politique et géographique, tandis que la préservation de l’harmonie entre ses différents éléments et composantes est demeurée un défi fondamental.
Il a également évoqué le processus de construction de l’État mauritanien et les défis auxquels fut confronté le projet de société porté par le président Mokhtar Ould Daddah. Il a rappelé qu’après l’indépendance, le pays avait été confronté à une succession de difficultés sociales, politiques et économiques, parmi lesquelles les événements de 1966 et de 1968, la guerre du Sahara ainsi que les vagues de sécheresse qui frappèrent le pays, notamment à partir des années 1970.
Il a expliqué que l’accumulation de ces circonstances avait profondément affecté le projet de société que le président Mokhtar Ould Daddah s’efforçait de construire. Elles en avaient entravé la réalisation et l’avaient empêché d’atteindre les résultats auxquels il aspirait, sans toutefois provoquer l’effondrement ou la disparition de l’État.
M. El Bekaye Ould Abdel Malick affirme que l’État mauritanien a poursuivi son chemin et connu d’importantes transformations démographiques, économiques, sociales et urbaines. Ces transformations ont, à leur tour, fait émerger un nouvel ensemble de défis, certains positifs, d’autres négatifs. Il souligne que ce sont précisément ces transformations et ces défis que le Président de la République soumet aujourd’hui au débat dans le cadre du processus de dialogue national.
À cet égard, une certaine continuité apparaît entre la vision du président Mokhtar Ould Daddah et celle du Président de la République. Elle réside dans la volonté de préserver les constantes de l’État et les fondements de son unité, tout en se tenant prêt à examiner les questions et les transformations imposées par l’évolution de la société et de l’État.