La ville de Néma, capitale de la wilaya du Hodh Charghi, est située dans l’extrême partie Est du pays, au pied d’une succession de collines qui l’enveloppent côtés Nord et Est. Parmi les plus connus, le célèbre mont N’Gadi très souvent cité dans la poésie populaire de la région ‘’Guelb N’Gadi we Nouaoudar Darou vil Galb Illi Yendar’’ avait dit le fameux guerrier et poète à l’occasion, El Kevye, chantant les souvenirs d’une époque immémoriale.
Pourtant, la cité de Néma, dans la phase actuelle de son histoire vit sous la pression des contraintes imposées par la nécessité d’allier la préservation de son authenticité et de garder son patrimoine à travers l’ancien quartier de la cité et l’intérêt majeur pour sa survie de promouvoir son développement par la mise en place d’infrastructures appropriées pour hisser la ville au niveau des aspirations de ses populations en matière de progrès économique et social.
Au cours d’une interview avec l’Agence Mauritanienne d’Information, M. Mohamed Ould Tijani, président du Conseil régional du Hodh Charghi, a expliqué que la ville de Néma est marquée par son caractère culturel et historique. Quant à ses habitants, ils dépendent, pour leur vie de tous les jours, de la pratique d’une série d’activités de nature économique et sociale, en particulier les cultures céréalières et maraichères, qui sont parmi les plus anciennes dans la ville.
Naguère, la population exploitait la zone de ‘’Lebheira’’ (mare) propice à la culture de céréales et de légumes et aujourd’hui la zone non moins fertile de N’Gadi y a été ajoutée.
Le président du conseil régional du Hodh Charghi a souligné que tout développement que l’on veut réussi de la ville doit nécessairement tenir compte des spécificités économiques sociales et culturelles de la cité et se fonder sur une réelle stratégie orientée vers la formation et l’emploi afin de créer des opportunités d’emplois dans tous les domaines professionnels et jeter les bases d’une économie solide en harmonie avec les besoins des populations locales.
Il a précisé que la wilaya dispose de ressources animales considérables qui n’ont besoin que de soins particuliers et d’une chaine d’exploitation afin de stimuler l’essor de l’économie locale, louant à cet égard, les mesures prises dans ce domaine comme la création d’une société nationale des produits laitiers et les distributions quasi- gratuites d’aliments de bétail pendant les périodes de soudure, les campagnes de vaccination du cheptel contre les maladies saisonnières, les épizooties, etc.
Il a ajouté que le Hodh Charghi est l’une des plus grandes wilayas du pays au plan de la superficie comme à celui de la densité démographique et de l’importance du potentiel économique dont l’exploitation peut permettre d’atteindre les objectifs de la politique que poursuit actuellement la Mauritanie en matière de décentralisation et de développement local.
M. Tijani Ould Ahmed, un jeune natif de Néma, la trentaine, qui a achevé son enseignement primaire et l’essentiel du secondaire dans cette ville, est parti à Nouakchott pour y poursuivre un apprentissage professionnel. Il est sortant du lycée d’enseignement technique et professionnel où il s’est spécialisé dans la maintenance des appareils électroniques. Après avoir exercé quelques boulots, ici et là, il a fini par trouver l’opportunité de sa vie à Néma, son terroir, où il a ouvert un cybercafé et une papeterie pour vendre les outils scolaires et matériel de bureau.
Après une période de floraison, le projet, dit-il, a commencé avec le temps, à subir des secousses en raison du fait que la clientèle a fini par lui tourner le dos exploitant les dernières générations de téléphones intelligents ou smartphones. Alors, le Cyber étant pratiquement abandonné, il finit par le fermer. Mais après cette fermeture, il dut son salut et le sauvetage de son projet au programme ‘’Mon projet, mon avenir’’. Il présenta alors une étude pour le financement de son projet en le changeant et en ouvrant un centre de formation, de perfectionnement dans le domaine informatique et de conception des spots publicitaires. Résultat : il a été choisi parmi les projets financés dans la wilaya et obtint deux millions cinq cents mille ouguiyas (MRO) pour monter son projet.
Enfin, poursuit Ahmed, « j’ai pris le chemin de la réussite avec ce nouveau projet à travers lequel je vois désormais ma ville, Néma, autrement ». En effet, fait-il remarquer sa cité regorge d’opportunités non encore explorées. Aussi, invite –t-il, les jeunes à intégrer le marché du travail par la grande porte, celle des métiers du secteur informel, abandonner l’attentisme et créer eux-mêmes des opportunités d’emploi plutôt que d’en attendre.
Fatimetou Mint Cheikh Mahfoudh, native, elle aussi, de Néma, habitait la campagne voisine où elle vivait comme sa famille de l’élevage du bétail. Mais sous la pression des conditions économiques difficiles en milieu rural, et en raison de la scolarité des enfants, elle a été contrainte à l’exode pour vivre avec sa famille à Néma.
Et pour subvenir aux coûts de la vie en ville, Fatimetou a décidé, de concert avec ses sœurs, de créer une coopérative féminine pour la vente de produits alimentaires : viandes, légumes, etc.
Elles ont commencé par exposer de petites quantités de tomates et d’oignons sur leurs étalages. Puis, avec l’afflux des populations de la ville, la situation a commencé à s’améliorer sensiblement et elles, de développer, d’augmenter et de varier les produits exposés de leur boutique.
La coopérative prospérant, a donc permis à ses membres de disposer de ressources financières pérennes de nature à les aider à supporter le coût de la vie. Le secret de ce succès réside, peut-être, en partie dans le fait que c’est la seule coopérative féminine dans la ville, voire dans toute la région, qui s’occupe exclusivement de la vente des produits alimentaires.
Fatimetou a relevé, en outre, que les membres de la coopérative veillent régulièrement à la participation, chaque année aux festivités marquant la fête de la femme et aux expositions qui l’accompagnent. C’est aussi le lieu, déclare –t- elle, d’exploiter l’évènement pour exhorter les femmes de la cité et de la wilaya en général au travail et à contribuer au développement de la ville et du pays.
En ce qui le concerne, M. Sidi Ould Beidali citoyen de Néma, la cinquantaine, a acheté un lopin de terre avec un puits. Il a entrepris d’aménager son terrain et d’y cultiver des légumes et à l’issue d’une courte période, il fut le premier à approvisionner substantiellement le marché local en légumes.
Il a indiqué que Néma recèle des potentialités agricoles considérables. Exploitées de manière rationnelle, elles peuvent répondre aux besoins du marché régional et national. Il a suffi d’un effort bien limité au niveau de ce périmètre pour arriver à récolter de grandes quantités de légumes et ce, pendant plusieurs années.
M. Ould Beidali estime que l’agriculture dans la région souffre du manque d’exploitation rationnelle du potentiel hydrique important dans la wilaya qui dispose d’une grande mare d’eau potable appelée ‘’Mahmouda’’. Néanmoins, la plupart des périmètres agricoles de la ville exploitent les puits pour l’irrigation de leurs cultures, faisant que les terres avoisinant la mare sont délaissées. C’est pourquoi nous attirons l’attention des autorités compétentes sur cette situation et les invitons à intervenir pour promouvoir l’aménagement de cette mare pour nous aider à parvenir à l’autosuffisance alimentaire au moins dans ces contrées éloignées du pays.
Côté historique, la ville de Néma avec ses ruelles étroites, qui rappellent au souvenir l’âge de cette cité, dont les murs de ses vieilles bâtisses construites en pierre, en banco et en paille indiquent qu’elle date de plusieurs siècles. De même, il vous est loisible de rencontrer des personnages qui demeurent attachés à la préservation du patrimoine culturel ancestral du délaissement, de l’oubli et tout simplement de l’extinction.
Parmi ceux-ci figurent le vénéré Cheikh Izid Bih, le fils de Rabi, l’imam de l’ancienne mosquée, qui s’est imposé dans le quartier et le cheikh de la Mahadra ‘’Dar Tlamid’’. Nous lui avons rendu visite dans sa maison après la prière d’El Asr (l’après-midi). Il lisait un manuscrit de ‘’Sahih El Boukhari’’ sur le hadith du Prophète (PSL), une copie d’il y a plus de trois siècles. Le Cheikh dit que la lecture de ‘’Sahih El Boukhari’’ du mois de Rabi thani à celui du Ramadan ainsi que l’étude de l’ouvrage ‘‘Chiva du Cadi Iyadh’’ constitue une tradition héritée depuis des siècles dans cette Mahadra fondée par l’érudit El-Gasri qui a écrit ‘’Kitab Annawazil’’ (Cas d’espèce) et était aussi le Cadi de la cité lors de sa fondation.
Le livre, qui est entre nos mains, dit-il, appartient à sa bibliothèque, qui englobe de nombreux ouvrages et manuscrits rares légués de père en fils à ce jour. La ville, fondée il y a deux siècles, par le Cheikh El Gasri et un groupe de chérifs venant de Oualata, était administrée suivant une répartition des rôles donnant les affaires religieuses et les Aouqafs à El Gasri et ses fils, quant aux affaires politiques et à la reconstruction, ils sont entre les mains des Chérifs. Il y a, en plus, un conseil d’administration commun qui tient ses réunions dans une maison destinée à l’accueillir.
La bibliothèque conclue –t- il, est inscrite au tableau du patrimoine menacé d’extinction.