Le premier ministre supervise l’ouverture de la réunion du groupe des gouverneurs des banques centrales africaines auprès du FMI et de la BM
Le premier ministre, M. Yahya Ould Ahmed El Waghf a présidé, vendredi, au palais des congrès à Nouakchott l’ouverture des travaux de la réunion du groupe des gouverneurs des banques centrales africaines auprès du fonds monétaire international et de la banque mondiale, organisé sous le haut patronage du président de la République, monsieur Sidi Mohamed Ould cheikh Abdallahi, sous le thème " Le financement du développement de l’Afrique: rôle des bailleurs de fonds non traditionnels".
Cette rencontre financière internationale qui dure deux jours vise à examiner les différents aspects relatifs à la coopération existant entre le groupe des banques centrales africaines des 53 Etats concernés et les institutions internationales de financement traditionnelles, tels que le Fmi et la Banque Mondiale, au rôle des bailleurs de fonds non traditionnels dans le financement du développement en Afrique et à la prise d’une position africaine commune vis-à-vis des grandes questions.
Prenant la parole au cours de la cérémonie d’ouverture, le Premier ministre, M. Yahya Ould Ahmed El Waghf a indiqué que la Mauritanie " est entrée depuis avril 2007 dans une nouvelle ère démocratique, issue d’une gestion transparente d’un processus électoral qui a conduit, à la faveur d’un scrutin libre et transparent, à l’élection des conseils municipaux, des parlementaires des deux chambres et, en fin, du président de la République". Il a ajouté que "ce processus exemplaire a été salué unanimement par la communauté nationale et internationale", soulignant que depuis cet événement "nous vivons une réelle séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire ainsi qu’un fonctionnement régulier des institutions de la République, dans le strict respect des principes constitutionnels en la matière".
Il a ajouté qu’en dépit du contexte international défavorable, "notre économie a enregistré en 2007 de bonnes performances qui se sont traduites par un taux de croissance de 5,9%, une inflation contenue au niveau de 7,4% et un déficit budgétaire ramené à 2,5% du PIB".
Ces performance, a souligné le premier ministre, "ne doivent pas, cependant, cacher les conséquences lourdes de la double crise énergétique et alimentaire qui a secoué l’économie mondiale". Il a, à ce sujet, indiqué que "le renchérissement des prix des produits alimentaires menace des centaines de milliers de personnes à faible revenu qui se voient dans l’impossibilité d’acquérir les biens de consommation nécessaires à leur survie".
M. Yahya Ould Ahmed El Waghf a souligné que " pour prévenir des tragédies humaines et alléger l’impact de la flambée des prix sur les populations les plus vulnérables, le gouvernement a mis en place un Programme Spécial d’Intervention qui a entraîné aussi bien des dépenses suppllémentaires que des pertes fiscales relativement importantes". Ainsi, a-t-il noté, le niveau de déficit est passé de 1,9 % initialement prévu à 2,9 % du PIB.
Le premier ministre a souligné que le programme spécial d’intervention (PSI), "d’un coût total d’environ 160 millions de dollars est bâti autour d’une stratégie visant à éviter la spéculation sur les produits de première nécessité et de créer des activités génératrices de revenus".
Dans ce cadre, a-t-il précisé, plusieurs composantes ont été dentifiées et mises en oeuvre à travers une démarche participative, transparente, consensuelle et contrôlée". La plus importante composante, a dit le premier ministre, porte " sur le volet agricole de ce programme" et " a concerné la campagne agricole 2008/2009, lancée par le président de la République et bénéficiant d’une mobilisation sans précédant des ressources tant publiques que privées". "Cette campagne agricole vise la réduction du déficit céréalier à travers l’amélioration de la productivité et l’augmentation, au maximum, des superficies cultivées", a-t-il indiqué, soulignant qu’" à cela s’ajoute la mise en place d’activités génératrices de revenu, au profit, notamment, des jeunes et des femmes en situations difficiles.
Le premier ministre a ajouté que "parallèlement à cette composante structurelle, le gouvernement a développé une composante alimentaire visant la distribution gratuite de céréales aux populations les plus démunies, l’octroi de vivres contre travail, en faveur des populations les plus pauvres, les subventions ciblées du prix du blé, du pain et du gaz, et enfin la suppression des impôts et taxes sur le riz". "Par ailleurs, a-t-il dit, " et dans le soucis d’une amélioration du pouvoir d’achat des fonctionnaires et agents de l’Etat, le gouvernement a décidé une augmentation des salaires à partir du 1er juillet 2008".
M. Yahya Ould Ahmed El Waghf a ajouté que la mise en oeuvre de ces mesures " a permis d’atténuer l’impact négatif de la hausse des prix sur les populations vulnérables et a contribué à rendre disponibles les denrées alimentaires sur le marché national", précisant qu’"à ce jour, aucune pénurie n’a été constatée sur les produits de première nécessité".
Toutefois, a-t-il dit, "le gouvernement est conscient qu’à long terme, la réponse appropriée devrait consister à renforcer et moderniser les structures de production agricole". "Dans cette perspective, des efforts seront déployés en vue de l’augmentation des surfaces emblavées, de l’amélioration des conditions de commercialisation et du développement de mécanismes de financements appropriés", a indiqué le premier ministre.
Il a en outre souligné que la Mauritanie "met en oeuvre un programme économique centré sur les principaux défis que représente une croissance accélérée et soutenue ainsi que la réduction de la pauvreté".
Ce programme, a-t-il dit, "soutenu par une facilité de réduction de la pauvreté et la croissance (FRPC), hisse au premier rang de ses priorités le développement du secteur privé via l’amélioration du climat des affaires, avec de plus grandes faveurs pour l’investissement, le renforcement de la compétitivité de l’économie, la création d’un cadre fiscal propice à l’investissement". Il comprend aussi, a-t-il noté, " le développement des infrastructures de base, le renforcement de la bonne gouvernance et l’efficacité du système judiciaire".
Ce vaste programme, a ajouté le premier ministre, "nécessite la mobilisation de ressources financières importantes". " C’est ainsi que nous avons organisé avec succès un groupe consultatif à Paris les 4-6 décembre 2007 où nous avons reçu des promesses financières à hauteur de 2,1 milliards de dollars US", a-t-il noté.
Le premier ministre a dit saisir "cette occasion pour réitérer nos remerciements à nos partenaires au développement pour leur appui constant et en particulier pour ces engagements pris lors de ce groupe consultatif", soulignant que "nous ne ménagerons aucun effort pour que ces promesses se traduisent en décaissement aux projets de développement vitaux et rentables".
Le premier ministre a indiqué qu’il saisit l’occasion pour "remercier la communauté internationale pour l’initiative d’annulation de la dette multilatérale dont a bénéficié notre pays en 2006" et a réitéré "notre engagement de ne plus retomber dans les travers du passé par un surendettement".
"Neanmoins, a-t-il poursuivi, les besoins de financements de la Mauritanie pour atteindre les objectifs du millénaire sont substantiels et dépassent largement les promesses recueillies au dernier groupe consultatif ainsi que le niveau des allocations disponibles auprès de nos partenaires traditionnels".
Le premier ministre a indiqué que "la récente analyse de la viabilité (DSA) de la dette mauritanienne fait ressortir un risque modéré de surendettement et la nécessité de ne contracter de nouveaux emprunts qu’à des conditions concessionnelles".
Il a ajouté qu’" au-délà des réserves méthodologiques que suscite cette analyse (non prise en compte de la récente évaluation du CPIA), nous pensons que l’application assez rigoriste du principe de concessionalité fait sinon renoncer à des financements ou tuer dans l’oeuf certains projets vitaux, du moins retarde et renchérit ces financements".
Or, a dit le premier ministre, "le processus de mobilisation des financements est parsemé d’embuches compte tenu de la rareté des ressources concessionnelles". M. ould El Waghf a poursuivi en disant: " nous avons identifié trois projets ( la centrale de Nouakchott, le financement additionnel de l’Aftout et le récent don espagnoll) ayant soufferts de l’application rigide de ce principe de concessionalité ", soulignant que " dans chacun de ces cas , il s’agissait d’un écart par rapport au seuil de concessionalité de l’ordre de la décimale".
" Nous souhaitons à l’avenir, a dit le Premier ministre, que l’on reserve un traitement plus flexible aux cas de concessionalité limite ainsi qu’une prise en compte des récentes évaluations (CPIA) dans l’analyse de la viabilité de la dette".
Il a ajouté que " nous accueillons favorablement les promesses du G8 lors de sa dernière réunion tenue à Yakohama au Japon (Juillet 2008) et nous nous félicitons des efforts entrepris pour augmenter les flux d’APD vers l’Afrique notamment la reconstitution de l’IDA 15 et du FAD XI".
"Toutefois, dit M. Yahya ould Ahmed El Waghf, il est clair, au moment où nous nous trouvons à mis-chemin de la date fixée par la communauté internationale pour l’atteinte des OMD, que l’Afrique a besoin de ressources substantielles pour réduire la pauvreté, atteindre la scolarisation pour tous, garantir la couverture sanitaire, fournir l’eau potable à toute la population, doter les villes et villages d’équipements collectifs qu’impliquent un niveau de vie décent".
Le Premier ministre a indiqué qu’"au délà de la nécessité d’accroître la vigueur des flux d’APD, nous devons trouver des mécanismes de financement innovants et rechercer la complémentarité et la synergie dans les différents programmes de développement mis en oeuvre".
Dans ce cadre, a-t-il souligné, le thème retenu par notre réunion ‘financement du développement de l’Afrique: rôle des bailleurs de fonds non traditionnels’ vient à point nommé et les propositions et solutions seront d’un grand intérêt pour le développement de l’Afrique".
" En particulier, a dit M. Ould El Waghf, nous devons réfléchir aux moyens d’alléger les conditionnalités des financements non traditionnels et de faciliter l’accès à ces ressources en toute transparence pour assurer leur compatibilité avec les objectifs d’un endettement soutenable et de maximiser leurs retombées nationales".
" Nous sommes aussi conscients, a-t-il précisé, que le financement du développement de nos pays implique, de notre part, des politiques ambitieuses de développement du secteur privé articulées autour d’une meilleure attraction des investissements étrangers et d’une meilleure intégration au marché mondial".
Le premier ministre a enfin dit: " nous suivons avec un grand intérêt les mesures entreprises par le FMI pour repondre à l’actuelle crise alimentaire et énergétique, parmi lesquelles (i) l’augmentation des montants prévus dans les accords au titre de la facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (FRPC), (ii) l’utilisation des multiples instruments de financement pour aider les pays membres à faire face aux difficultés de balance des paiements (iii) ainsi que la révision de la facilité de protection contre les chocs exogènes dont nous espérons bénéficier très prochainement".
Prenant la parole à son tour, le gouverneur de la Banque Centrale de Mauritanie, M. Kane Osmane a indiqué que "les réunions du ‘caucus africain’ ne servent pas qu’à élaborer des positions africaines communes sur les grands sujets en discussion au niveau des institutions de Bretton Woods. Elles servent aussi à faire découvrir nos pays, nos villes et nos peuples, les uns aux autres", soulignant que "Nouakchott et ses habitants ont, aujourd’hui, l’immense privilège de vous accueillir et, très modestement, de ne menager aucun effort pour rendre ces moments mémorables".
Il a ajouté que cette réunion est une opportunité pour les responsables africains présents et pour les partenaires africains " d’harmoniser nos points de vue sur la problématique du financement du développement du continent".
De leurs côtés, le président du groupe de la BID, M. Ahmed Mohamed Aly, le directeur général du FMI, M. Dominique Strass Kahn et le gouverneur de la banque de développement de la République populaire de Chine, M. Chen Yuan ont parlé des relations existant entre leurs institutions et l’Afrique, en général et leurs institutions et la Mauritanie en particulier et des contributions de ces banques dans le développement du continent africains.
Ils ont exprimé la dispositions de leurs institutions de coopérer avec les pays africains dans le but d’assurer les équilibres économiques nécessaires pour l’Afrique.
La cérémonie d’ouverture s’est déroulée en présence d’un certain nombre des membres du gouvernement, de représentants des missions diplomatiques et d’institutions internationales accréditées en Mauritanie.