L’Assemblée Nationale a adopté dimanche soir, lors d’une pleinière présidée par M. Baba Ould Sidi, son vice-président, le projet de loi de finances 2008 ainsi que les amendements qui lui ont été apportés par la commission des finances par 55 voix pour et 26 contre.
Ce budget de l’année 2008 (budget de gestion et d’investissement) s’équilibre en recettes et en dépenses à la somme de: 228.825.000.000 UM.
En outre, les députés de la majorité ont refusé d’adopter 6 amendements proposés par les députés de l’opposition.
Ces amendements intéressaient le plafonnement à 500 millions des partis politiques, la révision à la hausse du programme de désenclavement de certaines zones du pays ainsi que l’appui à la santé à l’enseignement, à l’emploi, au fonds régional, aux mosquées en plus de la lutte contre les séquelles de l’esclavage et le soutien aux projets du secteur informel.
De son côté, le ministre de l’économie et des finances, M. Abdarrahmane Ould Hamma Vezzaz a répondu aux questions et problèmes soulevés par les représentants du peuple lors des débats qui ont porté sur les différents chapitres dudit projet de loi..
La commission a proposé, après les avoir adopté, à l’Assemblée Nationale les amendements suivants :
1- Les matériels et intrants relatifs à l’hémodialyse sont exonérés de tous impôts et taxes.
2- La TVA sur le lit des malades est supprimée.
3- Un prélèvement de 2% est effectué sur tous les titres du budget, au niveau de la rubrique biens et services, mis à part le Parlement, le Conseil Constitutionnel, le Haut conseil Islamique, la Haute Autorité de la Presse et de l’Audiovisuel, le Médiateur de la République, le Conseil du Prix Chinguitti, la Cour Suprême, la Cour des Comptes, le Conseil Economique et Social ainsi que les départements des Affaires Etrangères et de la Coopération, de la Défense Nationale, de l’Education Nationale et de la Santé , en plus de la Garde Nationale et la Direction Générale de la Sûreté Nationale (Ministère de l’Intérieur).
Le même prélèvement est opéré sur les rubriques "subventions et transferts" accordées aux EPA dans la partie biens et services.
Les montants prélevés et qui s’élèvent à sept cents quatre vingt et quinze millions cinq cents quarante mille six cents quatre vingt et quatre ouguiyas (795.540.684 UM), seront répartis ainsi: 300 millions iront à l’appui aux soins des indigents et à l’achat de stocks de sécurité alimentaire; 67 millions respectivement à l’ISERI (40 millions), au CNORF (20 millions) et à la Chambre des métiers et de l’artisanat (7 millions); 100 millions à l’achat d’aliments de bétail et le reste à la rubrique immobilisations et AGR d’agriculture, d’élevage et de pêche artisanale.
Les discussions du budget ont duré deux jours au cours desquels les députés ont abordé dans les détails, en trois séances plénières les différentes dispositions de la loi de finances 2008. Les avis des représentants de la Nation étaient bien sûr partagés sur l’appréciation des différentes rubriques de cette loi, mais tous reconnaissent la qualité du travail de la commission des finances sur ce plan.
De même, une amélioration sensible a été remarquée, s’agissant de l’élaboration du document, par les députés qui demandent néanmoins une plus grande transparence dans son application.
Certains députés ont qualifié le projet de loi de finances 2008 d’être un bon budget, un budget d’objectifs qui a traduit la volonté du gouvernement d’accélérer le rythme de la croissance économique grâce au développement des infrastructures et la promotion des ressources humaines ainsi que la lutte contre la pauvreté à travers une meilleure orientation des investissements publics vers les zones de concentration des pauvres.
Ils ont souligné l’importance de l’action du gouvernement au cours des derniers mois, qualifiant le traitement reservé aux questions nationales de sage et d’allant dans la bonne direction.
Ils ont, par ailleurs, appelé l’opposition à ne pas politiser la discussion du projet de budget qui est, ont-ils précisé, un travail technique où les interprétations politiques n’ont pas leur place.
Ces députés ont aussi mis en garde contre les manipulations visant à tromper les poulations en leur avançant des discours qui ne peuvent être concrétisés.
Ils ons également affirmé leur volonté d’aider le gouvernement à travers la concertation permanente avec celui-ci.
Quant au députés de l’opposition, leurs interventions, dans leur ensemble, ont été centrées sur le fait que beaucoup des chapitres du projet de budget 2008 sont ambigus et leurs exposés de motifs non convainquants car, ont-il dit, ils ont ignoré les aspects essentiels des aspirations des populations à une vie meilleure, rélévant la faiblesse des montants consacrés aux secteurs d’intérêt général tels que le secteur informel, le développement rural et la pêche artisanale. Ils ont estimé que le gouvernement protège les hommes d’affaires et les commerçants au détriment des citoyens, insistant sur la nécessité de donner la priorité à l’enseignement, à la santé, à l’emploi, à la sécurité, à la justice et aux salaires des travailleurs.
Ces députés ont aussi critiqué le projet de budget pour avoir axé sur des aspects secondaires au détriment des aspects essentiels et pour avoir créé des charges sans incidences positives sur les services publics, appelant le gouvernement à faire de sorte pour éviter la répétition des derniers actes de vandalisme dans le pays.
Ils ont rélévé que les députés soutenant le gouvernement et ceux de l’opposision s’accordent, cependant, sur plusieurs questions dont la nécessité de faire preuve davantage de rigueur et de transparence dans la gestion des déniers publics et la réduction des dépenses publiques. Ils appellent également à accorder davantage d’intérêt aux programmes sociaux s’intéressant à la lutte contre la pauvreté, au contrôle permanent de l’évolution des prix, à mettre les produits essentiels à la portée des populations à revenus faibles et à améliorer les conditions de vie des fonctionnaires et agents de l’Etat, le plus rapidement possible.
Les députés indiquent qu’il y a aussi un accord sur la nécessité d’apporter un appui financier et moral appréciable aux partis politiques, à la presse et à la société civile en tant qu’épine dorsale de la démocratie et principal capital du pays, selon eux.
Ils ont, par ailleurs, appelé l’ensemble des mauritaniens à réserver un accueil chaleurs aux réfugiés mauritaniens à l’occasion de leur retour dans le pays, à contribuer à leur insertion dans la vie active et à aider dans la mise sur pied de programmes visant à éradiquer les séquelles de l’esclavage.
Ces députés ont également appelé le gouvernement à créer des programmes générateurs de revenus pour réduire la pauvreté, désenclaver certaines zones du pays, disponibiliser l’eau potable, aider les agriculteurs et les éleveurs et de réfléchir à la réalisation de grands projets d’intérêt, tels que l’aménagement de l’Aftout, du Gorgol et du karakoro au lieu de projets conjoncturels à rendement limité.
Selon notre reporter, les débats engagés par 76 députés sur le projet du budgets ont été marqués par un esprit démocratique, le serieux et le respect de l’autre.