L'AMI

MISSION DE L’UFL AU NIGER Objectif: neutraliser le terrorisme et le crime transfrontalier

Par: Ahmed Salem Ould Moctar Salem
Quand je pris l’avion d’Alger en destination de Niamey, dans le cadre de la mission d’information de l’UFL au Niger, de sombres idées commencèrent alors à me traverser l’esprit. Le désert immense, ses mystères, le climat hostile, les sentiers raboteux, les terrains escarpés, tout ce que l’on peut imaginer de terrifiant, était sans doute, pour quelque chose, dans cet état d’esprit. Le Niger étant un pays sahélo-saharien, totalement enclavé et dont les trois quarts du territoire sont désertiques, le traverser en profondeur et de bout en bout, ne peut manquer de susciter des appréhensions.
A l’atterrissage vers le coup de minuit, l’hôtesse de l’air annonça que la température ambiante à Niamey était de 27 °c, ce qui m’amena à me demander le degré qu’atteindrait cette température quand le soleil sera au Zénith et si, à cette même heure, loin dans le désert, le thermomètre pourrait même continuer à résister sous l’emprise de la canicule.
A l’hôtel Univers où nous logions, l’atmosphère était conviviale et exotique: bungalow en architecture africaine originale, jardins fleuris, nichés au milieu d’un parc verdoyant, prodiguant à la brise une fraîcheur vivifiante. L’hospitalité africaine était vraiment au rendez-vous et avait fini par chasser les idées obscures qui nous matraquaient la tête.
A Tillabery, enlèvements et tueries font légion
Au lendemain de notre arrivée, nous prîmes le chemin de Tillabery. Située dans l’extrême Ouest du Niger, Tillabery est classée parmi les régions les plus pauvres du pays, malgré son important potentiel hydrique. Sur 420 Km, le fleuve Niger s’y étale, lui offrant ainsi un climat propice à l’élevage et à l’agriculture, deux opportunités rares dans un pays où le désert règne en maître.
A la frontière entre le Niger et le Mali et à 22 Km précisément, se dresse Yasséne, le point militaire le plus avancé. Ce poste, affilié au premier bataillon d’artillerie positionné dans la zone, prend en charge la sécurité, tout au long de cette frontière, faisant ainsi office de rempart aux menaces de toutes sortes.
«Nous sommes confrontés non seulement au phénomène du terrorisme mais aussi à plusieurs autres défis qui vont du trafic d’armes, de drogues, au trafic humain», explique le lieutenant Alfari Abdenasser, le comandant du poste.
«Dans ce cadre, nous avons procédé à la saisie d’importantes quantités d’armes et de drogues et actuellement nous sommes confrontés au flux massif des réfugiés qui fuient les zones de guerre dans la région de Gao », poursuit-il.
A Tillabery, la menace des terroristes est bien réelle. Souvenons-nous des incursions d’AQMI pour exécuter des opérations terroristes. Sur la route asphaltée reliant la région à Niamey, deux diplomates canadiens, l’envoyé extraordinaire de l’ONU Robert FOWLER et son adjoint Louis Guay furent enlevés en 2008. Non loin de là, trois princes saoudiens ont été assassinés et trois autres blessés en 2009, au cours d’une sinistre tentative d’enlèvement.
Suite à ces opérations et dans le cadre de la lutte antiterroriste engagée par le Niger, un dispositif sécuritaire fut aussitôt mis en place. «Nous avons instauré un plan de sécurité qui
vise à contrôler toute la bande qui relève de notre domaine. Ainsi et en plus des postes positionnés au niveau des points sensibles, des patrouilles sillonnent la zone» révèle le comandant, chef du premier bataillon d’artillerie.
«Ces patrouilles coordonnent avec les chefs de villages et nos frères maliens de l’autre côté de la frontière» ajoute-t-il.
L’armée de l’air est aussi mise à contribution, à travers une surveillance aérienne.
De retour à Niamey, nous nous dirigeons, au petit matin, vers Agadez d’où nous devons parcourir plus de 1400 Km avant d’arriver à la ville d’Arlit, située non loin de la frontière avec l’Algérie.
Limitrophe de quatre pays (Algérie, Mali, Tchad et Libye), Agadez est la plus vaste région du Niger. Sa superficie, de plus de 600.000 Km², représente 52% du territoire nigérien. Agadez est aussi une ville ancienne fondée au 11ème siècle. Elle est située à l’intersection des routes transsahariennes qui relient le monde arabe à cette partie de l’Afrique. Cette position stratégique a toujours exposé la ville citée à moult ambitions. C’est ainsi qu’elle fut, tour à tour, dominée, avant l’arrivée des colons français, au début du 20ème siècle, par l’empire soudanais au 15ème siècle, l’empire Songhaï au 16ème siècle et l’Etat musulman du Bornu au 17ème.
Si par le passé les envahisseurs étaient des empires aujourd’hui la donne a complètement changé. Coincée entre ces quatre pays, la région est devenue un pôle d’attraction des trafiquants et une zone de passage de terroristes et de proliférations de bandes de tout acabit. L’instabilité au Mali et en Libye, pays frontaliers de la zone, constitue aussi un facteur d’insécurité et une source d’inquiétude.
A Arlit dans la région d’Agadez, où la société AREVA exploite la mine d’uranium, cinq Français ont été enlevés en septembre 2010.
Prévenir vaut mieux que guérir
«Face à cette situation, le Niger ne peut pas rester les bras croisés. Il ne peut laisser son territoire à la merci des terroristes et des bandes armées », affirme le Colonel-major Garba Maïkido, gouverneur d’Agadez. C’est dans cette optique et suite à cette ferme volonté des autorités nigériennes que l’opération «Malibéro» a vu le jour, poursuit Maïkido. Dans le même ordre d’idée, M.Maïkido révèle qu’après l’avènement de la crise libyenne, le Niger a décidé de mettre en place ce mécanisme qui permet, à la fois, de lutter contre le crime et de contenir les contrecoups éventuels de cette crise.
M. Maïkido a indiqué qu’un Etat seul ne peut pas faire face à ce phénomène transfrontalier.
Il faut la collaboration de tous. Dans ce cadre, il a loué les efforts fournis par l’UFL dont la création vient à point nommé. Il a insisté sur l’apport significatif de ce mécanisme, en dépit de sa création récente, précisant qu’il devrait même servir de modèle aux autres.
Opération coup de poing
A Arlit où se situe le centre opérationnel du «dispositif Malibéro» les choses sont plus sérieuses. «C’est une force de frappe que nous avons mise en place pour lutter contre le terrorisme, le banditisme et le trafic illicite des armes», indique le Colonel-major Soumeyla Garba qui dirige l’opération.
Composée de troupes aéroterrestres et appuyée par une composante aérienne, l’opération Malibéro est une réponse concrète à plusieurs phénomènes qui sont source d’insécurité, à savoir l’ensemble des rebellions, le banditisme, la nébuleuse AQMI et la crise libyenne.
« Il s’agit de mettre le dispositif sur les points clefs afin de les maîtriser et ensuite contrecarrer l’ennemi dans ses déplacements », explique le colonel-major. Selon Garba, l’opération a permis d’appréhender plusieurs bandits et trafiquants d’armes et de saisir de grandes quantités de drogues.
Aujourd’hui, le Colonel-major Soumeyla Garba se félicite des résultats obtenus. «Depuis la mise à exécution de cette opération, nous n’avons été victimes d’aucune opération d’AQMI, qui n’a pas pu non plus s’installer sur notre territoire.”
“Les activités des bandits et trafiquants ont aussi beaucoup reculé. On arrête de plus en plus de bandits et nous avons pu gérer de façon efficace la crise libyenne » conclut-il.

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